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Benjamin Coissard – Les étoiles brilleront dimanche

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En février dernier, j’ai assisté à une table ronde à la Médiathèque Verlaine de Metz en présence de maisons d’édition locales. Parmi elles, les éditions de l’Eclisse étaient venues raconter leur parcours.

Ces 3 ouvriers spécialisés de la chaîne du livre ont décidé de fabriquer leur propre pièce éditoriale : l’éclisse. Ainsi naissait il y a 2 ans à Metz cette maison d’édition originale qui se définit comme « servant à rapprocher et publier des textes d’horizons variés sous forme de livres de qualité ». Depuis, ils ont sorti 3 ouvrages.

J’ai eu la chance de découvrir leur tout premier, « Les étoiles brilleront dimanche » de Benjamin Coissard, un roman totalement atypique qui nous plonge dans l’univers haut en couleurs du cyclisme.

Dans la famille Benoit, on est biberonné dès la naissance au vélo. Toute la famille vibre à l’unisson pour le cyclisme. Une tradition sacrée qui se transmet de père en fils, pas le choix. Oui car le vélo, « c’est pas pour les filles ! ». Une mentalité paysanne héritée de l’âge féodal. Mais bien plus qu’une passion, c’est un mode de vie : chaque dimanche, les Benoit partent sur les routes de France pour participer à des courses cyclistes de village. Au milieu des odeurs de saucisses grillées, de la voix nasillarde du speaker et des applaudissements, tout ce petit monde ne vit que pour le Dieu Vélo. Une symphonie dominicale telle une grande messe où le vélo est élevé à l’état de religion.

Depuis toujours, Loïc Benoit a dû pratiquer ce sport de « cul-terreux » et supporter les moqueries. L’image ringarde des cyclistes vêtus de lycra moulant fluo, courant dans des courses populaires, sous les hordes d’encouragements d’une foule sentant le graillon et la bière. Cette passion restera donc honteuse et secrète pour Loïc, impossible d’évoquer à ses collègues ce qu’il fait le dimanche. Oui mais voilà, Loïc Benoit, bien que baigné dans le cyclisme depuis l’enfance, souhaite aujourd’hui s’affranchir de l’emprise familiale. De cette pression qu’on lui impose. Une véritable soumission. De cet espoir démesuré d’enfin voir les Benoit accéder au podium grâce à lui. Abolir cette malédiction familiale qui finit en crevaison ou déraillement. C’est une question d’honneur. Loïc Benoit enchaine les entrainements par tous les temps, les privations, la souffrance. Il stresse, s’acharne, continue. Oui mais pour quoi ? Pourquoi fait-il encore du vélo ?

Alors, pris de doutes, il s’apprête encore une fois ce dimanche à prendre le départ au milieu des stars locales, les Teddy Michel, Jordan Michel, Kévin Langlois, des gosses devenus hommes dont le cyclisme est avant tout une question de vie ou de mort. Tous veulent gagner. Tous visent le podium. Gloire éphémère, devenir une notoriété locale et avoir son encart dans le journal. Ces amateurs avec les mêmes rituels que les pros, dont la flamme brûle dans leurs yeux avec une rage et une intensité inégalable. Vont-ils enfin, telles des étoiles, briller dimanche ?

Benjamin Coissard nous livre un premier roman intense qui s’écrit au rythme de cette course. A mesure que les kilomètres s’enchainent, les souvenirs reviennent. Au milieu de l’effervescence, des cris, de l’euphorie. Une immersion plus vraie que nature dans ce monde aussi moqué qu’idolâtré. Cycliste averti, Benjamin Coissard utilise un vocabulaire technique pour mieux immerger le lecteur dans cette course infernale. C’est drôle, touchant, sincère et tranchant. Il n’hésite pas à se moquer de ce monde qu’il connaît si bien. Un roman cocasse et percutant écrit avec le cœur, avec les tripes. La révélation d’un auteur qui n’a peut-être pas percé dans le cyclisme mais qui grâce à sa plume trouve aujourd’hui sa place dans le monde littéraire. A découvrir absolument !!

Paige Toon – Rendez-vous dans 5 ans

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C’est l’été, et souvent cela rime avec lecture romantique et amour à gogo. Si vous cherchez un bon feel-good estival, je vous conseille « Rendez-vous dans 5 ans » de Paige Toon. Quelle merveilleuse surprise. Un vrai page-turner. Je n’ai pas réussi à lâcher ce livre, si bien que je l’ai lu jusqu’à 1h du matin pour connaître le dénouement final. C’est le genre de pavé (437 pages) auquel vous devenez vite accro et que vous dévorez sans même vous en rendre compte. J’ai été totalement immergée dans cette romance.

« Dans cinq ans, tu regarderas en arrière et tu comprendras pourquoi ces évènements se sont produits ».

C’est l’histoire de Nell et Vian. Leur rencontre à l’âge de 5 ans est particulière, car le père de Nell et la mère de Vian sont en couple depuis peu. Une jolie famille recomposée et 2 enfants devenus très vite inséparables, presque comme frère et soeur. Jusqu’à ce drame qui les sépare brutalement. Nell reste alors en Angleterre tandis que Vian part en Australie.

La vie passe, d’enfants ils deviennent ado, puis adultes. Leurs retrouvailles ont lieu tous les 5 ans. 5 ans à vivre à 2 extrémités de la planète mais à toujours penser à l’autre. Une amitié fusionnelle qui va devenir très vite ambigüe. Une attirance inavouable, interdite, presque incestueuse. Mais ils n’ont aucun lien du sang, ils n’ont vécu que 5 ans ensemble lorsqu’ils étaient enfants. Et pourtant, à mesure que leurs sentiments évoluent, le tourbillon de la vie les malmène. La distance, leurs relations chacun de leur côté, cette honte d’assumer cet amour mais surtout ce lien indestructible entre eux les éloignent ou les rapprochent à chaque retrouvaille.

Un chassé-croisé amoureux/amical totalement fou durant presque 40 ans. Alors, Nell et Vian parviendront-ils à être ensemble, enfin réunis pour toujours ?

Contrairement aux romances où l’on connaît la fin dès le début, ici, bien au contraire il a fallu attendre les dernières pages pour découvrir l’issue finale. Et quelle fin !! Je n’en dis pas plus mais le suspense reste entier jusqu’au bout ! Paige Toon réussit à nous faire languir, à créer une tension de plus en plus forte au fil des années. Le lecteur n’attend qu’une chose, que ce couple si parfait soit enfin réuni. Mais ce serait trop facile ! Alors la vie et ses imprévus, le hasard, les mauvais timings et les choix de chacun vont contrecarrer le destin amoureux de Nell et Vian.

Parce que parfois, il suffit d’une décision pour que l’on réalise plusieurs années après à quel point elle a impacté notre vie. Et du recul il en faut dans cette belle romance. Durant 38 ans, on suit ces 2 personnages si attachants et on mesure le parcours qui a été fait. La vie n’est qu’une succession de chemins que l’on décide ou non de suivre. Et c’est souvent des petits riens qui nous font prendre une direction plutôt qu’une autre. Car dans la vie, rien n’est écrit…

C’est totalement romantique, totalement addictif. Amour, amitié, deuil, maternité. Bref, j’ai pleuré comme une madeleine en pleine nuit…Et ce si beau message : aimer, c’est vouloir le bonheur de l’autre. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu une histoire d’amour si belle, si intense et pourtant si difficile. Sans aucun doute voici la comédie romantique de l’été !

Jean-Paul Didierlaurent – Le reste de leur vie

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J’ai rencontré Jean-Paul Didierlaurent sur plusieurs salons littéraires. A chaque fois, ce vosgien à la bonne humeur contagieuse m’avait conquise. Et pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion de lire ses romans. Il a fallu qu’une de mes voisines dans les Vosges me parle de ses livres avec les yeux qui pétillent pour que je décide de mettre de côté toute ma PAL et me jette sur « Le reste de leur vie ». Et voilà, après l’avoir dévoré en quelques heures, c’est moi aujourd’hui qui vous en parle avec les yeux qui pétillent et vous ordonne d’aller vite découvrir cet auteur si ce n’est pas déjà fait !!

Le reste de leur vie, c’est une palette de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Il y a Ambroise, le thanatopracteur qui aime tellement les vivants qu’il préfère « restaurer » et « soigner » les morts. Il y a Beth, sa grand-mère au cœur tendre chez qui il vit et surtout grande spécialiste des « kouignettes ». Il y a Manelle, la douce aide à domicile qui s’occupe des personnes âgées comme s’ils étaient ses propres grands-parents. Il y a Samuel, ce vieux monsieur solitaire qui aime préparer des forêts noires et cache profondément en lui de terribles blessures.

Et puis il y a la vie et son lot de surprises qui réussit à embarquer tout ce beau monde dans un joyeux et émouvant road trop en corbillard jusqu’en Suisse.

Ce petit chef d’œuvre est écrit d’une plume sensible et drôle. Jean-Paul Diderlaurent est un magicien : il arrive à manier les mots avec aisance, nous faisant rire et pleurer en quelques phrases. Mais surtout, il réussit à faire de ce roman léger et frais en apparence, un bel hymne à la vie, profondément humain et bourré d’optimisme. J’ai refermé ce livre en me disant que la vie est belle, qu’il faut s’avoir en profiter et aimer ceux qui nous entourent, amis, famille, proches. Un merveilleux voyage où la mort est abordée avec apaisement et grâce auquel, pour reprendre les mots de l’auteur, nous revenons plus vivants que jamais !

Carène Ponte – Et ton coeur qui bat

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Il y a des histoires qui ébranlent mon cœur, et celle-ci en fait indéniablement partie…

Carène Ponte, la grande prêtresse des comédies romantiques de Noël sait nous faire rire et pleurer, aborder des sujets graves tout en gardant cette légèreté qui caractérise ses romans. Sa plume, toujours aussi drôle, sensible et addictive est un petit bonbon. « Et ton cœur qui bat » a été un condensé d’émotions du début à la fin.

Roxane a vécu un terrible drame. Depuis, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, noyant son chagrin, sa haine et sa culpabilité dans son travail. Elle et son amie Sam sont les créatrices de Voyag’Elles, un guide touristique pour les femmes que Roxane agrémente depuis peu d’un blog aux chroniques hilarantes. Toujours en voyage, sa vie glisse sur elle. Tel un robot, elle fait les choses machinalement pour ne plus ressentir la souffrance. Derrière ses billets pleins d’humour se cache en réalité une femme meurtrie. Mais quel est ce secret qu’elle garde enfoui en elle ? Quelle peine est venue assombrir sa vie ?

Alors que Roxane doit préparer un sujet sur la Camargue, elle atterrit dans un charmant hôtel familial « Au Meilleur Ami de l’Homme » dont le concept atypique a tout pour plaire : devant chaque chambre vous attend un chien dans son panier, prêt à être adopté. C’est ainsi qu’un petit Loulou de Poméranie prénommé Neige l’accueille avec fougue et enthousiasme.

L’idée originale et farfelue vient d’Albane, la fille de Frédéric le gérant, une adolescente rigolote dont émane une fraîcheur et une joie de vivre communicative.

Mais dans cet hôtel unique, Roxane va également faire la connaissance d’un vieux monsieur attachant, Gwenole, qui habite ici à l’année pour échapper à sa solitude.

C’est dans cette région merveilleuse et ce lieu si familier que Roxane va panser ses blessures et réapprendre à sourire à la vie. Grâce à tous ces personnages qui vont former un petit cocon protecteur et joyeux afin d’effacer sa tristesse. Tout en douceur et en tendresse, Carène Ponte nous fait voyager avec Roxane, entre souvenirs douloureux et petits bonheurs simples de la vie. Un roman plein d’humanité sur la résilience. Sur cette capacité à accepter et à trouver la force d’avancer. « Accepter ce n’est pas moins aimer ». Tourner la page sans forcément trahir ce passé qui restera toujours gravé en elle. Pardonner, un acte plein de sagesse mais si difficile à accomplir. Des mots d’une beauté à vous donner des frissons, l’histoire de Roxane a été un coup au cœur, vraiment inoubliable.

Merci Carène de réussir à donner vie à vos personnages avec une telle intensité, à transmettre cette énergie positive dans vos livres, cet optimisme qui vous caractérise si bien et qui se ressent dans chacun de vos romans.

Marc Cheb Sun – Et je veux le monde

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«J’suis là sur le perron de la mairie, face au théâtre, arme à la main. (…) Cinq semaines de folie, cinq semaines qui ont changé ma vie, toute ma vie. Cinq semaines Mowgli, cinq semaines. Le monde, quoi… »

Ce livre est une véritable claque, d’une intensité folle et jamais atteinte dans un roman. Telle une pièce de théâtre, la première scène s’ouvre sur un meurtre. Les chapitres se succèdent et font le décompte des jours qui précèderont ce drame. La tension est palpable au fil des pages. De plus en plus brutalement, au fur et à mesure que l’on se rapproche de cette date fatidique. Telle une épée de Damoclès, on sait qu’il va se passer un drame. Le compte à rebours est lancé…

Et je veux le monde, c’est un opéra urbain, avec son décor : cette esplanade au cœur d’un arrondissement parisien, où sont regroupés la mairie, le théâtre, le café bobo, le camp de roms, le quartier. Le pont de la voie ferrée, seul lien avec l’«extérieur», avec l’autre arrondissement. Une représentation en huis clos donc dans cette scène enclavée. Une oppression, impression d’étouffement dans cette bulle hermétique, loin du monde vivant.

Et puis il y a cette palette de personnages. En commençant par le principal, Samba, 18 ans, jeune des quartiers, autiste léger, génie de l’informatique. Dans sa tête, il y a Mowgli, qui rêve de conquérir le monde. Ce monde étrange et pourtant à portée de main. Avec son voisin Eros, ils partagent la même passion pour le groupe de rap PNL et ont des rêves et des projets.

Viennent ensuite les personnages secondaires, tels des acteurs qui vont créer de l’action dans cette pièce, dont le rôle est pourtant primordial : Le maire Nouvelle Droite (extrême droite). Les artistes bobos, « peoplegaucho mania ». La grande sœur de Samba, Directrice du centre de jeunes. Le gérant américain du bar hipster NY Spicy Shop. Les jeunes du quartier. Les roms.

Tous veulent conquérir ce territoire, cette zone qui est leur monde. Une guerre de territoire. Une guerre pour CE territoire, cette esplanade que tous revendiquent, lieu de mixité sociale, des bobos branchés aux populations défavorisées. Une guerre qui va faire resurgir des secrets, sombres, tels des fauves en cage prêts à bondir et tout massacrer une fois lâchés…

Marc Cheb Sun livre un premier roman aussi beau que violent. D’une écriture musicale, les titres s’enchaînent, les mots résonnent telles des paroles. C’est le roman qui lance le nouveau label de livres des éditions JC Lattès dirigé par Mahir Guven : La Grenade. Explosif. Véritable bombe dans le monde littéraire. Des textes modernes et en mouvement qui mettent en lumière de nouveaux auteurs et des plumes énergiques. Et je veux le monde est un ovni littéraire, qui ose aborder des sujets délicats, politiques, qui révèle les failles d’une société aveugle et hypocrite, au bord du malaise et de l’implosion. Le monde est-il réel ? Chacun ne joue-t-il pas un rôle ? Un récit percutant et dévastateur.

Béatrice Courtot – La promesse de l’oasis

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J’avais déjà eu l’occasion de lire Béatrice Courtot mais dans un registre axé développement personnel avec « Vise le soleil sans te brûler les ailes ». Grâce à l’aventure des lectrices Charleston, j’ai pu découvrir La promesse de l’oasis.

2018, Paris. Nour vient d’apprendre que son grand-père Daniel est hospitalisé et plongé dans un coma artificiel suite à un infarctus. Nour est bouleversée car Daniel est comme son père. Il l’a élevée depuis la mort de ses parents alors qu’elle n’était qu’un bébé. Dans le bureau de son grand-père, Nour tombe sur une mystérieuse calligraphie arabe signée d’une hirondelle, la même signature qu’utilisait Mamani sa grand-mère décédée 14 ans plus tôt.

Pourquoi son grand-père a-t-il eu son attaque après avoir reçu cette calligraphie ? Qui lui a envoyée ? Nour va enquêter sur l’histoire de ses grands-parents et ainsi suivre leur trace jusqu’en Algérie.

Car Daniel est un pied-noir, un Français d’Algérie. Nous voici en 1954, à Mostaganem, alors que l’Algérie était une colonie française. Daniel, sa petite sœur Mimi et ses parents Jacques et Eugénie vivent dans une jolie maison blanche sous la douceur du climat méditerranéen. Les français et les musulmans d’Algérie cohabitent en parfaite harmonie comme des frères. Mais de l’amour à la haine il n’y a qu’un pas, et peu à peu le climat devient dangereux, les attentats terroristes deviennent quotidiens, les indépendantistes derrière le FLN veulent retrouver leur liberté, s’abolir du joug français. C’est à cette époque que Daniel rencontre Asma, une magnifique algérienne à la peau mate et aux yeux couleur de miel. Tous deux sont étudiants en botanique à l’Université d’Alger. Leur amour est une évidence, malgré les interdits, malgré la guerre qui commence alors…

Béatrice Courtot nous transporte en Algérie dans les années 50. Dans la douceur de vivre de cette petite ville algérienne, aux maisons blanches baignées de soleil, aux odeurs d’épices, d’aromates du jardin, de pâtisseries au miel et d’air iodé de la Méditerranée. Les descriptions, l’atmosphère, sont si détaillées, presque réelles, que nous voyageons littéralement à l’évocation de ce décor d’une autre époque, d’un temps où l’Algérie était française, avant la guerre et ses drames. C’est justement un pan d’histoire que je connaissais peu que l’auteure m’a permis de découvrir. Le personnage de Nour, cette jeune femme issue de pieds-noirs et de musulmans d’Algérie, symbolise cette fraternité qui existait bel et bien. Les points de vue des différents protagonistes sont ici abordés sans jamais prendre parti, en toute neutralité, chaque « camp » ayant souffert pour des raisons bien différentes.

Mais ce roman est avant-tout pour Béatrice Courtot un livre très personnel, lié à son histoire, au passé de sa grand-mère née en Algérie. Un beau tableau, peut-être idéalisé et avec quelques longueurs, de cette Algérie des années 50 mais c’est ce qu’elle retiendra des mots de sa Manou à elle : ce paradis perdu, fui définitivement et dont la cicatrice, pour tous ces pieds-noirs revenus malgré eux en France, restera à jamais présente.

Un livre écrit avec le cœur, aussi intime qu’émouvant. Une plongée historique dans cette famille de pieds-noirs, durant la guerre d’Algérie, lorsque la douceur orientale a laissé place aux bains de sang. Laissez-vous envoûter par l’atmosphère épicée des ruelles de Mostaganem, par la chaleur du soleil, par cette histoire d’amour interdite entre Daniel et Asma. 2 cœurs unis malgré la guerre, malgré les religions. Un magnifique hymne à l’amour, à la fraternité et à la paix. Et surtout un bel hommage à l’Algérie, beauté orientale, terre de soleil et de doux souvenirs mélancoliques.

Anne-Gaëlle Huon – Les Demoiselles

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Je vous préviens, aujourd’hui, difficile de trouver les mots assez forts pour vous parler de cette auteure car elle est l’une de mes chouchoutes. Anne-Gaëlle Huon. Depuis notre première rencontre à Paris en mars 2019, j’ai eu un coup de cœur pour l’écrivaine mais surtout pour la femme pétillante, énergique et drôle. Inévitablement, chacun de ses livres me transmet une énergie particulière, un shoot de bienveillance et d’amour. Oui, Anne-Gaëlle fait partie de ces auteures dont j’attends avec impatience le nouveau roman car je suis certaine que ses mots toucheront mon cœur.

Les Demoiselles, c’est un aller-simple pour le Pays basque. C’est une maison aux volets bleus qui suscite envie et cache bien des mystères. Ce sont des bulles qui pétillent dans une coupe de Champagne. C’est un swing endiablé sur du Charleston. C’est une plume aérienne sur un chapeau. Ce sont des espadrilles enrubannées de satin. Ce sont des Hirondelles qui reviennent chaque printemps. Des fêtes. Des rires. Un cacatoès grivois et un majordome géant. Encore des fêtes et des rires. De la folie, de la joie. Ces femmes, sensuelles, charmeuses, incandescentes, insaisissables…libres ! Les Demoiselles, ces femmes fantasques qui se sont trouvées et liées, avec ou sans lien du sang, unies à jamais. Rosa, Colette, Véra, Thérèse et Bernadette. Une histoire d’amitié avant tout. Le destin exceptionnel de ces femmes en quête d’émancipation qui trouveront leur force dans cette solidarité féminine aussi belle que dangereuse.

Anne-Gaëlle Huon écrit avec le cœur. Les mots sont tout aussi poétiques que délirants. Ses mots, sa plume, sont une transfusion d’amour, sincère et pur. Pas de faux-semblants. Elle est allée jusqu’au Pays basque pour enquêter sur l’histoire de ces hirondelles, ces jeunes filles espagnoles qui traversaient les Pyrénées pour devenir couseuses d’espadrilles en France. A ces hirondelles, elle a associé l’histoire des cocottes, ces mondaines « horizontales » qui faisaient le bonheur du gai Paris au début du XXème siècle. Vous l’aurez compris, charme, bonne humeur et folie sont les maîtres mots de ce roman ! Un véritable coup de cœur, comme tous les livres d’Anne-Gaëlle.

Ce précieux petit carnet…

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Ce précieux petit carnet d’un autre temps. Usé. Rempli. Ces mots qui s’entrelacent, se superposent, s’embrassent, raturés, soulignés. Une tornade de lettres. Des pages noircies de noms, de numéros, d’adresses, de citations. Elle ne sait même plus depuis quand elle l’a. Je l’ai toujours connu. Le papier autrefois blanc s’est jauni au fil du temps, il a pris des rides, sa peau s’est tannée, cornée. Elle aime y inscrire ce qui lui passe par la tête et surtout ce qu’elle ne veut oublier. Un pense-bête devenu malin. Un petit compagnon qu’elle prend soin d’entourer d’un élastique en caoutchouc. Enfermant ces mots mystérieux et secrets à l’abri des regards indiscrets. Et pourtant, elle l’a ouvert devant moi. Sur cette nappe alsacienne où farandolent gaiement enfants d’Hansi et cigognes fluettes. Elle l’a exposé fièrement, avec cette retenue qui caractérise ceux qui livrent rarement une part de leur intimité. Elle a lu, relu, ri, s’est interrogée. C’était mon amie de toujours, ma copine que j’ai eue toute ma vie et qui est décédée. Et lui, qui avait bien pu citer cette phrase ? Ces nougats de Montélimar sont divins. Tu te souviens de lui ? Et d’elle ? Un sirop pour la toux. Comment s’appelle sa fille déjà ? Un méli-mélo joyeux, fouillis de toujours, historique bien organisé d’une vie. D’une vie aussi remplie que ce carnet. 82 ans. Et ce sourire enfantin devant ces pages indéchiffrables. Des petites pattes de mouche pour économiser le papier. Véritables hiéroglyphes pour le commun des mortels. Car de la mort, elle en rigole toujours, comme pour mieux s’en préserver :  « A ma mort vous allez rire en lisant ça, vous n’y comprendrez rien ». Le précieux petit carnet de ma grand-mère aura en tout cas le mérite de faire jaillir les mots et donner le sourire.

Marion McGuinness – Une bonne et une mauvaise nouvelle

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Il y a des maisons d’édition qui vous collent à la peau, dont chaque ouvrage vous correspond. Aujourd’hui, j’aimerais mettre en avant les éditions Eyrolles, dont les romans axés feel-good et développement personnel sont à chaque fois une lecture bonheur.

Le roman de Marion McGuinness a été une très belle découverte, une lecture à placer dans sa PAL estivale.

Clothilde a été abandonnée à la naissance et a toujours grandi dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance dans un petit village normand. Elle sait que la vie ne lui a pas fait de cadeaux et s’est forgée une carapace pour préserver son cœur tout tendre et se protéger. Depuis, elle a fait de l’annonce des mauvaises nouvelles son métier : elle est chargée d’annoncer les décès, les licenciements, etc, souvent en face à face et avec un professionnalisme et une froideur qui ont fait sa renommée. La jeune femme vit recluse seule avec ses chats, son cœur brisé et des histoires d’amour plein la tête.

Mais son quotidien solitaire et ultra organisé va être chamboulé lorsqu’elle apprend que sa mère biologique vient de décéder et lui laisse en héritage la garde d’un petit garçon à la crinière rousse comme elle. Adam, son frère âgé de 8 ans…Alors, est-ce finalement une si mauvaise nouvelle ?

Dans le même temps, Ben, son amour de jeunesse qui l’a quittée sans explication 12 ans auparavant, réapparaît. Il décide de revenir s’installer dans le village de leur enfance et compte bien imposer à Clothilde sa présence.

Marion McGuinness nous livre un petit bonbon littéraire, tout en douceur et en sensibilité. Le personnage de Clothilde est particulièrement touchant car elle va devoir apprendre à aimer et à être aimée. A avoir confiance en elle et à faire confiance aux autres. A les laisser entrer dans son univers, dans son cœur. Cette jeune femme, qui jusqu’à présent n’a connu que l’abandon, va découvrir qu’elle peut être capable d’aimer alors qu’enfant elle n’a jamais eu de marques de tendresse. On n’a qu’une envie, réconforter Clothilde, lui dire que tout ira bien et qu’il faut parfois se laisser porter et mettre ses peurs de côté.

Une magnifique histoire sur la reconstruction, sur l’apprentissage de l’amour et de la confiance, et sur ce lien du sang qui sera malgré tout plus fort que l’inconnu. Clothilde, Adam, 2 écorchés vifs que j’ai eu du mal à quitter en refermant ce livre !

Candace Bushnell – No Sex in the city?

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Il y a 20 ans, dans Sex and the City, Candace Bushnell réussissait à lever certains tabous. Eh oui, messieurs, grâce à ces 4 héroïnes, le monde découvrait que même les femmes osent parler de sexe entre elles et de manière très crue ! L’étalage de ses frasques sexuelles autour d’un verre de Cosmo n’était plus réservé qu’aux hommes et n’avait plus rien de choquant. Alors que Carrie et sa bande d’amies avaient la trentaine bien avancée et des préoccupations de leur génération, « No sex in the city » aborde les problèmes des quinquagénaires, de véritables « desperate wives » et on peut dire que c’est très réussi !!

Attention, il ne s’agit pas là de la suite de Sex and the city, le chapitre est définitivement clos. Non, là, Candace Bushnell se livre dans une analyse corrosive, délirante et drôle de la vie amoureuse et sexuelle des femmes de 50 ans passés. Sous forme de petites chroniques, comme le faisait notre chère Carrie Bradshaw, Candace ose mettre les pieds dans le plat : divorcée, fraîchement célibataire, elle quitte les quartiers huppés de New York pour s’installer dans un village, à la campagne. Suivie par ses meilleures amies, toutes en quête du prince charmant. D’ailleurs parlons-en de ce fameux prince. A quoi peut-il bien ressembler lorsqu’on a 50 ans sur le marché de l’amour ?

Oser expérimenter Tinder et ses rencontres qui finissent systématiquement au lit. Oser le Toy Boy, car aujourd’hui il n’est plus choquant de se montrer en compagnie d’un jeune homme de l’âge de son fils. Oser le « vieux riche ». Oser le super-senior. Bref, du choix il y en a, et chaque situation amène son lot de rencontres improbables, drôles et pleines de surprises.

Et quand la CFC, Crise de folie de la cinquantaine, vient pimenter cette terrible étape de la vie, Candace Bushnell constate qu’après 50 ans, il est difficile d’accepter de vieillir quand dans sa tête on a encore 30 ans. Et d’autant plus difficile de faire une croix sur sa vie sexuelle lorsqu’elle devient désertique. 20 ans après, y-a-t-il encore espoir de « sex in the city » ?

Entre crèmes miracles rajeunissantes hors de prix, rencontres d’un soir et rdv annuel-déprimant chez le gynéco, chaque page m’a fait mourir de rire. La plume sans tabou et pleine d’humour de Candace Bushnell est un pur bonheur. J’ai retrouvé l’âme de Sex and the city et j’avais presque l’impression de lire Carrie Bradshaw, cinquantenaire et fière de l’être, attablée devant son ordinateur à nous raconter ses déboires amoureux et ceux de ses copines. Car finalement rien n’a changé ou presque. Parce que les quinquas sont ces trentenaires avec des rides en plus et un cœur qui ne demande qu’à battre encore. Elle nous prouve qu’à presque 60 ans, on peut être heureuse et bien dans sa peau et non pas seule et désespérée comme laissent encore à penser les stéréotypes. Laissez-vous embarquer dans ce récit drôle, touchant, sincère mené d’une main de maître par le franc-parler si caractéristique de Candace Bushnell !