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Boris Vian – Les Fourmis

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Boris Vian, Les Fourmis…un recueil de onze nouvelles écrites entre 1944 et 1947.

Dès les premières lignes, Boris Vian donne le ton : »On est arrivés ce matin et on n’a pas été bien reçus, car il n’y avait personne sur la plage que des tas de types morts ou des tas de morceaux de types, de tanks et de camions démolis. »

L’humour noir est le fil conducteur de ces nouvelles: Boris Vian y décrit des scènes insoutenables avec un détachement apparent qui lui permet d’exorciser cette rage et cette révolte qui sommeillent en lui. Cette période d’après-guerre laisse apparaitre des cicatrices indélébiles. Pourrait-on même parler de littérature de l’absurde? C’est la question que je me suis posée en lisant l’une des nouvelles « le voyage à Khonostrov » où un passager d’un train se fait torturer (ou plutôt massacrer) par ses voisins de cabine car il préférait ne « pas parler ».

Pour ma part, il s’agit d’un livre coup de coeur: les sujets graves abordés, la plume et le ton de Boris Vian, ce livre m’a donné des frissons. Un recueil qu’on ne peut oublier.

 

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Alice Hérisson et James Harrington – Si Cupidon savait viser

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Aujourd’hui, c’est la Saint-Valentin mais c’est aussi la sortie du livre d’Alice Hérisson et James Harrington « Si Cupidon savait viser », une jolie comédie romantique écrite à 4 mains.

Elle, c’est Alice, 27 ans, illustratrice dans une agence de pub et dessinatrice de BD à ses heures perdues, en couple avec Sacha depuis 7 ans. Une vie routinière qui semble lui convenir. Une petite vie heureuse ? Mais quand Sacha la quitte brutalement pour Tiphaine, la voisine sexy, tous les projets d’Alice volent en éclat, c’est l’incompréhension et le choc. Commence alors pour la jeune femme une quête improbable de l’âme sœur, aidée par sa meilleure amie nymphomane Emma et surtout par tous les outils modernes de drague : sites de rencontres, speed dating, soirées blind love…Tous les moyens sont bons pour trouver l’amour aussi facilement que l’on achèterait une baguette de pain ! C’est alors qu’elle fait la connaissance virtuelle d’Oscar, un mystérieux musicien pas comme les autres…

Lui, c’est Oscar, ou plutôt James. Ce franco-anglais de 29 ans est conseiller SAV dans un centre d’appels. Ultra timide, il n’a jamais réussi à vivre une vraie relation amoureuse. Sous la pression de sa mère déjantée Porchia et de son meilleur ami/collègue/obsédé Stéphane, il va se lancer à la recherche de la femme idéale. James va se retrouver malgré lui entraîné dans une expédition tel un Indiana Jones de l’amour, naviguant de Meetic aux soirées organisées. C’est alors qu’il fait la connaissance virtuelle d’Artygirl, Alice de son vrai prénom, mais ça il ne le sait pas encore.

Alice et James vont se croiser lors de plusieurs soirées célibataires, dans un labyrinthe de l’amour, dans un séminaire mystique, sans que jamais Cupidon ne réussisse à viser leur cœur. De quiproquos en mésaventures, ils vont se parler, se plaire, sans jamais se voir, séparés systématiquement par des péripéties improbables.

Vont-ils finalement se rencontrer et avoir le coup de cœur ? Cupidon réussira-t-il enfin à viser ?

C’est un roman à mourir de rire, aussi rocambolesque qu’attendrissant. Alice Hérisson et James Harrington réussissent le pari fou d’écrire un livre avec les points de vue des 2 personnages. Comme un miroir de chaque situation, vécue de manière différente par nos célibataires. Des personnalités uniques, hautes en couleurs, qui s’embourbent dans des catastrophes hilarantes. Une quête amoureuse des temps modernes, tel un véritable parcours du combattant, jonché d’obstacles et de rencontres surréalistes.

C’est drôle, sincère, passionnant et passionné, des personnages attachants et « attachiants », un cocktail explosif de bonne humeur et d’espoir pour cette comédie romantique version 2.0.

Une chose est sûre, c’est que chaque situation dans la vie arrive pour une bonne raison, et qu’il suffit parfois d’écouter son cœur pour découvrir ce que le destin nous réserve comme belle surprise !

Thomas Vicens – Couleurs d’automne

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Thomas Vicens, enseignant en lettres Agenais de 27 ans, nous offre un recueil de poème écrits sur plusieurs périodes de sa vie. Des textes d’une douce mélancolie, au style moderne mais dont la plume s’inspire des grands poètes classiques. Couleurs d’automne est un voyage dans la vie et ses sensations, un chaos de sentiments qui évoluent au fil des jours.

J’ai choisi de vous présenter aujourd’hui ce très beau poème d’amour :

« C’est mon cœur qui chavire sur une mer déchaînée,

Et des encres enchaînées sur les mâts des navires,

Qui enivrent ton cœur là où les larmes salées

Dans les eaux s’en allaient vers des endroits meilleurs

Sur l’île, un soir d’été

Tard le soir, tes cheveux

S’envolaient vers le vent de nos rêves

Et si j’ancre en ton cœur des soupirs, des silences,

Ce n’est que pour t’offrir ce que j’écris à l’encre

De ma plume un oiseau s’en va m’ouvrir ses ailes

Mourir sur des rivages où il n’y a nul bateau

Rien que toi, la grande Ourse

Dans le ciel et nos vies

Qui font une vers la Terre jusqu’au Ciel

On a beau annoncer que le futur est noir

Et que dans ma mémoire il n’y a plus d’azur

Qu’on tue les innocents, que les frontières s’écroulent

Qu’on est tous dans un moule, qu’il n’y a plus d’argent

Près de toi, la folie

De ces hommes s’estompe

L’horizon semble toujours plus proche »

Franck Driancourt – Les aventures d’Edgar Nelson

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Le 13 février est paru aux éditions Nouvelle Bibliothèque Les aventures d’Edgar Nelson, une très jolie revisite contemporaine de Tom Sawyer par Franck Driancourt.

Lorsqu’Edgar vient passer ses vacances chez ses grands-parents, toute la famille est encore sous le choc de la mort récente de Christophe, l’oncle d’Edgar, avec lequel il était très proche.

Notre jeune héros va alors s’installer dans l’ancienne chambre de Christophe où trône fièrement une imposante bibliothèque. Peu habitué à lire, préférant les consoles, Edgar se laisse tenter par la lecture de Tom Sawyer de Mark Twain dont l’ouvrage semble l’attirer irrémédiablement. Pris d’une brusque fièvre, il s’endort sur le livre et va être transporté dans un monde imaginaire et fantastique, dans un incroyable rêve plus vrai que nature.

Il se réveille sur les bords du Mississippi en 1840, où il fait la connaissance de Tom et Huck, 2 jeunes garçons intrépides toujours à l’affût de la moindre bêtise. Mais lorsqu’ils partent tous les 3 assister à la pendaison d’un prisonnier, Edgar découvre effaré que ce condamné n’est autre que son oncle Christophe !

Aidé de ses nouveaux compagnons, Edgar va partir dans une formidable aventure à la recherche d’indices pouvant innocenter son oncle. Il va se retrouver confronté à des enjeux politiques, des enlèvements, des crimes. Cette enquête, pleine de rebondissements et au rythme effréné, se lit avec passion du début à la fin.

Franck Driancourt signe une superbe adaptation de ce grand classique américain où les thèmes principaux restent les liens d’amitié, le courage, la persévérance et l’entraide. Edgar, ce petit héros des temps modernes, ce Tom Sawyer d’aujourd’hui, nous émeut par ce lien si fort avec son oncle, par l’énergie qu’il emploie à le sauver et par cette jolie amitié qu’il noue avec Tom Sawyer, Huckleberry Finn et Becky. De la littérature jeunesse qui plaira à coup sûr aux grands enfants nostalgiques !

Sandrine Yazbeck – Les imparfaits

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Dans le cadre du Coup de coeur des lectrices Version Femina du mois de février, j’ai eu la chance de recevoir Les imparfaits de Sandrine Yazbeck, un intriguant roman sur un trio amoureux/amical.

Gamal est un ancien grand reporter de guerre à la retraite. Tous les jours, depuis 30 ans, il reçoit son ami journaliste Howard pour une revue de presse. Mais lorsqu’il trouve dans les affaires de son confrère des billets d’avion et une réservation pour un hôtel à Positano, la ville d’où était originaire sa femme Clara, tout le passé refait surface. Il y a 5 ans, Clara est partie du jour au lendemain, le quittant sans donner d’explications. Etrangement, Gamal n’a jamais tenté de la retrouver…

Howard aurait-il un lien avec la disparition de sa femme ? Quels étaient leurs rapports ?

On y découvre la vraie personnalité de Gamal, cet homme important, carriériste, qui a délaissé sa femme Clara durant tant d’années et qui vit encore avec le fantôme d’une relation passée. Des traumatismes ancrés depuis de tragiques évènements vécus en période de guerre. Des secrets et des non-dits qui auront malheureusement de lourdes répercussions.

Clara, cette sublime italienne qui a fait de multiples sacrifices par amour. Qui a tout accepté pour Gamal, vivant dans l’ombre de son mari. Une femme qui a toujours été le coeur de ce trio, le coeur de ces rivalités.

Et enfin Howard, cet homme amoureux de Clara, amoureux de la femme de son meilleur ami en secret. Dont les actions dictées par la jalousie auront finalement de terribles conséquences.

Le premier roman de Sandrine Yazbeck est une incroyable analyse psychologique des personnages. L’intrigue est mise en place dès le début, amenant les chapitres à s’enchaîner rapidement avec tension. Chaque protagoniste prend la parole et c’est alors une alternance de points de vue et de révélations dont l’intensité trouble le lecteur. On y découvre un trio amoureux/amical complexe dont les secrets, les mensonges, les trahisons, les non-dits, les mauvaises interprétations ont fait éclater cette relation.

Une écriture tout en finesse et en justesse. Une immersion dans l’intimité, dans les pensées de ces êtres pourtant si proches et finalement si éloignés par tant de secrets. Une prise de conscience sur les conséquences de nos décisions et de nos choix de vie, sur le courage d’affronter le passé et le présent. Un trio imparfait emporté par une plume bouleversante de perfection !

Marianne Levy – Chaussures à son pied

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{{~My first, my last, my everything~}}

Dans son nouveau roman qui paraît aujourd’hui, Marianne Levy revisite le célèbre conte de Cendrillon en feel-good déjanté version XXIe siècle!

Est-ce que le coup de foudre existe ? Il était une fois…Chaussures à son pied.

Samuel est le sosie d’Hugh Grant, un physique de gendre idéal, un frenchie prince charmant, mais un atout qui va finalement s’avérer difficile à vivre pour ce célibataire français exilé à Londres.

Il vit en coloc avec une joyeuse bande d’amis délurés : Gus, son pote de fac, celui qui drague via Runtastic. La team d’Europe du sud, composée de Paolo le vieil italien photographe et Filomena, l’espagnole névrosée. Samuel passe ses vendredis soirs à subir des « datings » organisés par Filomena qui s’obstine à croire que Cendrillon est bien plus qu’un conte de fées et que le coup de foudre existe…

Pour cet écrivain passionné de Shakespeare, le rêve ultime serait d’écrire une pièce de théâtre à succès. Alors, quand le concours de talents The Pen recherche des auteurs amateurs avec à la clé la représentation de sa pièce au célèbre King’s Theatre, Sam décide immédiatement de soumettre « Happy Endings ».

Malheureusement pour le moment, il travaille en tant que traducteur de scénarios pour la série « Pour un jour, pour la vie » (PUJPLV), le soap chouchou des ménagères de moins de 50 ans qui raconte la vie passionnante et passionnée d’un surfeur tombeur nommé Kevin…

Mais tout va soudainement basculer quand sa pièce va être sélectionnée pour la finale de The Pen ; que sa boss de PUJPLV lui propose d’écrire les scénarios à la place du créateur de la série qui s’est volatilisé ; et qu’il tombe sous le charme d’une certaine Juliet, accro à Justin Bieber version Christmas, qui lui propose de jouer le rôle d’un prince charmant au théâtre. Sam réalisera-t-il son rêve ou bien cette aventure virera-t-elle au cauchemar ?

Marianne Levy nous transporte dans une délirante histoire contre-conte de fées, saupoudrée d’humour, d’amitiés, d’amour et de romantisme. Malgré ses réticences à croire en la magie de l’amour, Samuel se retrouve vite pris à son propre jeu. Ou quand la fiction devient réalité. L’histoire a la particularité d’être racontée à travers les yeux d’un homme, le « prince charmant ». Ce livre, c’est en fait le livre écrit par Sam « Le syndrome Cendrillon », une histoire dans l’histoire.

La plume de Marianne Levy est pleine d’humour et tellement addictive. J’ai fini ce livre des étoiles plein les yeux et le cœur empli d’amour. Un livre avec le sosie de Hugh Grant et dont l’histoire so british m’a beaucoup fait penser à un mix entre Coup de foudre à Notting Hill et Quatre mariages et un enterrement ! Alors, est-ce qu’ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants ? C’est ce que vous découvrirez en lisant cette romance des temps modernes sur fond de Barry White.

 

Catherine-Rose Barbieri – Am, Stram, Gram…ce sera toi qui me plairas!

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Camille, célibataire endurcie lyonnaise, mène une vie plan-plan : entre son boulot pas très passionnant, sa meilleure amie Anna, Monsieur Lambert son voisin de palier retraité et ses voisins du dessus coloc-fêtards-sex addicts… Ses soirées solo, elles, ressemblent plutôt à celles de Bridget Jones accro aux séries !

Jusqu’à ce qu’elle reçoive, un matin, un mail anonyme dans sa boite mail professionnelle. Un mail d’un admirateur secret ! Qui peut bien être cet amoureux transi qui se cache derrière ce message ? Est-ce une blague de mauvais goût ou un vrai coup de cœur ? Camille va alors se lancer dans un véritable jeu de piste afin de découvrir l’auteur de ce mail.

Chaque homme de son entourage va de ce fait devenir un potentiel suspect. Elle n’aura pas d’autre choix que de s’intéresser aux autres, de sortir de sa bulle pour déceler le moindre indice qui pourrait révéler l’identité de ce chevalier mystérieux. De son patron subitement dragueur, à son voisin irlandais Colm ou même le nouveau stagiaire geek de l’informatique, Camille va tenter de tous mieux les connaître et s’ouvrir par la même occasion. Am Stram Gram, lequel de ces hommes lui plaira ?

Une histoire rocambolesque avec des situations improbables, des quiproquos, des fous rires. Catherine-Rose Barbieri nous entraîne dans une histoire d’amour à l’humour ravageur. C’est un véritable bonheur de suivre Camille dans cette folle enquête, dans cette insensée quête de l’amour dont le suspense sera maintenu jusqu’au bout du livre !! Un agréable roman feel-good qui fait du bien au moral. Une jolie comédie romantique, une Amélie Poulain 2.0 qui nous incite à nous ouvrir au monde et à dépasser nos préjugés. Merci pour ce petit bonbon littéraire !!

Kate McAlistair – La Vallée du Lotus rose

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Lady Jezebel Tyler, orpheline de 16 ans, est l’héritière d’une très vieille famille aristocratique anglaise. A la mort de son père, elle a été confiée à Chelseahall House, un pensionnat de jeunes filles, et placée sous la tutelle de Sir Michael Deckard, un vieil archéologue. Lorsque ce dernier lui demande de le rejoindre en Inde, c’est parce qu’il lui a organisé un mariage avec le baron Von Rosenheim. Cet homme d’affaires suisse est surtout connu comme étant le baron de la drogue à Calcutta où il s’est enrichi grâce à l’opium. Violent, tyrannique, avide de pouvoir, il a promis à Sir Deckard de financer ses recherches sur une ancienne cité disparue en échange de cette union avec Jezebel.

C’est donc désemparée et triste qu’elle embarque en novembre 1918 sur l’Albatros, un somptueux paquebot qui la mènera durant plus de 3 mois jusqu’à Calcutta. A bord, elle y fera la connaissance d’Olga Obolenski, une déroutante et fantasque duchesse russe qui deviendra rapidement bien plus qu’un chaperon, une véritable amie : elle lui apprendra à se comporter comme une femme du monde.

Jezebel, bien que promise au baron, tombera sous le charme de Jan Lukas, un aventurier américain dont la mission est de remettre à un riche client indien un antique médaillon à l’incroyable secret. Elle va ainsi découvrir les premiers émois amoureux.

A son arrivée à Calcutta, Jezebel va être blessée lors d’un attentat. C’est un jeune indien au turban jaune et au sourire immaculé qui la sauvera…Il s’appelle Charu. Il lui cache alors qu’il est le fils du Maharaja de Mahavir.

Les mois passent à la Villa Gokhra, la demeure du baron Von Rosenheim. Le quotidien de Jezebel, bien que fastueux, n’est que soumission, crises de jalousie et violence. Malgré les avances indélicates du baron, Jezebel n’aura de cesse de penser à Jan Lukas et Charu, les 2 hommes qui font battre son coeur. Qui choisira-t-elle ?

Un voyage exotique en Inde, pays des épices et des couleurs, des traditions et des palais féeriques des Maharajas. De Calcutta aux plantations de thé du Darjeeling, en passant par l’Himalaya ou Singapour, Jezebel va vivre d’incroyables aventures. Elle va découvrir l’amour, la violence, les déceptions et les trahisons : Un apprentissage de la vie pour cette jeune fille à l’apparence si sage mais au caractère bien trempé. Elle fera preuve de courage et de persévérance dans les épreuves. Une magnifique histoire d’amour où Jezebel sera tiraillée entre le coeur et la raison. Durant les 670 pages de cette fantastique saga, on vit au rythme intense des palpitations du coeur de notre belle Lady anglaise. Je finis cet inoubliable roman avec la hâte de découvrir la suite, vite vite !!

Ariane Angeloglou – A l’horizon de l’Autre

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A l’horizon de l’Autre est le 3ème livre d’Ariane Angeloglou dans lequel elle nous parle d’amour, d’amour comme lien entre toutes les émotions, d’amour dans une langue douce, tendre et réconfortante. Le pouvoir d’aimer comme unique mantra.

Ce recueil de poèmes, de nouvelles, de citations est un magnifique hommage à l’amour, à l’Autre sans qui cet amour n’existerait pas, aux mots qui permettent de transmettre ce sentiment et aux instants de vie qui révèlent nos émotions.

Ces textes sont élégamment illustrés de dessins d’André Vidgrain qui viennent illuminer ces mots si justes.

Pour ce #lundipoésie, j’ai choisi ce texte au nom évocateur, mais j’aurais pu vous en citer tellement d’autres, dont l’expression est toute aussi intense.

L’amour

Le merveilleux de l’amour pose des questions
C’est quoi l’amour ?
Ce sont les branches des arbres qui accrochent le vent
C’est le temps des filles en fleurs aux parfums enivrants
C’est le rire d’un enfant qui ricoche abondamment
C’est le bruit des vivants qui interroge le temps

Le bonheur de ma vie me permet d’y répondre

C’est comment l’amour ?
C’est un papillon qui vole à la cadence du cœur
C’est un battement d’ailes qui s’exprime en –dos- majeur
C’est un conciliabule de corps en couleur
C’est une douce vie qui s’affranchit des heures

J’honore et remercie les gens de cet échange
Et j’affirme que l’amour est présent là où on ne le soupçonne pas

C’est où l’amour ?
Ce sont des jours qui accouchent des chagrins
C’est un grand ciel bleu où tu prends ma main
C’est une route légère qui dessine un nouveau matin
Ce sont nos âmes éprises qui brandissent l’entrain.

Anne-Gisèle Cousty – La Fille du miel

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Dans les années 1920, Marcelle, 12 ans, vit à Orbe dans le canton de Vaud en Suisse, entourée de ses parents Robert et Jeanne, et de ses 2 sœurs Gisèle et Liliane dans une parfaite harmonie. Mais lorsque leur père apiculteur décide de s’exiler en France dans le Jura, c’est un déchirement pour notre petite suissesse si attachée à son pays. Issue d’une famille aristocrate de par son père, Marcelle ne se sent pas à sa place dans ce village de campagne. Elle a le mal du pays et est malheureuse. Celle que l’on surnomme La fille du miel, va finalement par la force des choses, grandir en France tout en chérissant l’espoir de retourner dans sa chère Suisse.

Mais le destin va changer ses plans : à 17 ans, elle tombe amoureuse de Charles, le fils du boucher et se mariera 2 ans plus tard. Elle devra abandonner sa religion protestante pour le catholicisme, renoncer à son pays en adoptant la nationalité française et accepter cette belle-famille qui la voit d’un mauvais œil. Elle donnera naissance à 2 enfants mais ne sera pas une mère affectueuse. Tous ses espoirs de grande vie reposent désormais sur sa fille Rose, à laquelle elle donne une éducation très stricte.

Ce roman, c’est la vie de Marcelle. Une vie qu’elle ne maîtrisera finalement pas. Une vie qu’elle subira, malheureuse en couple, dont ses seuls soutiens seront ses parents et ses sœurs avec qui elle est fusionnelle. Elle aura toujours en tête cet idéal qu’elle rêvait d’une belle vie bourgeoise en Suisse.

Les années, les décennies passent. On suit Marcelle de son enfance à sa mort dans cette vie française qu’elle rejetait tant. C’est l’histoire d’une femme qui a toujours espéré mieux, espéré plus, qui est finalement passé à côté du vrai bonheur.

Le personnage de Marcelle, si attendrissant durant l’enfance du fait de son déracinement, devient vite une femme odieuse, exigeante, capricieuse et égoïste. Elle rejettera Charles mais justifiera son comportement par tous ces sacrifices depuis son mariage. Le style est sans fioriture, simple et brut. A la naissance de Rose, c’est elle qui devient la narratrice et l’on perçoit alors les personnages avec ce point de vue aimant d’une enfant. C’est une histoire emplie de mélancolie, de spleen, sur la vie, sur les choix que l’on fait. Sa vie aurait-elle été plus belle avec des « si » ?

Leïla Bahsaïn – Le ciel sous nos pas

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La narratrice vit avec sa « mère-officielle » et sa sœur Tifa au Maroc. Son « perchoir », ce balcon qui lui sert de chambre, surplombe la Place de la Dame Libre, un nom évocateur pour cette famille de femmes qui revendiquent leur liberté contre le carcan masculin.

Rêveuse, rebelle, elle cherchera à tout prix à s’émanciper du joug familial en multipliant les bêtises en secret. Elle pique en douce du parfum et des friandises dans le stock professionnel de mère-officielle, revendeuse de produits de contrebande. Accompagnée de sa meilleure amie Kenza et de sa mobylette MBK swing, elles rêvent de garçons, de fêtes et d’indépendance. Mais les traditions et la religion l’empêcheront de vivre librement sa vie d’adolescente et elle sera contrainte d’expérimenter seule.

Le soir, dans son perchoir, elle imagine une vie loin de ces traditions oppressantes et hypocrites. Loin de la Place de la Dame Libre.

Lorsque Tifa se marie avec le fils Zimigri, elle part vivre de l’autre côté de la petite mer, en France, synonyme de modernité et de liberté.

Notre jeune marocaine va alors connaître plusieurs drames, dont celui de la mort de mère-officielle, et devra rejoindre Tifa en France.

Arrivée à Paris, la vie de sa sœur est loin d’être un conte de fée : divorcée, elle s’est remariée avec un certain Jabar, converti à l‘islam et fondamentaliste. Ils vivent reclus au 7ème étage d’une cité HLM et passent leurs journées à distribuer des « kits de conversion express ». Avec son regard naïf d’adolescente, elle observe ce beau-frère étrange scander à tout va qu’« Il y a un guerrier en chacun de nous »…

De son nouveau perchoir, notre héroïne découvre le vrai visage de ce pays qu’elle idéalisait : racisme, violence, radicalisme. Les femmes sont obligées de sortir complètement voilées pour ne pas être agressées dans la cité. La France ne sera finalement pas ce pays de libertés qu’elle espérait tant.

Elle passe son temps entre la fac d’économie et la médiathèque pour fuir le petit F3, devenu lieu de réunion de son beau-frère intégriste. Elle se réfugie dans les études, la connaissance étant devenu le seul moyen pour elle de ne pas tomber dans le radicalisme religieux qui lui tend les bras.

Dans ce premier roman, Leïla Bahsaïn nous livre un magnifique conte moderne sur une jeune fille rêveuse, pétillante et fougueuse en quête d’identité et d’indépendance. Confrontée à la réalité, elle n’aura d’autre choix que de sortir de cette bulle de rêves dans laquelle elle imaginait une vie idyllique. Elle va grandir par la force des épreuves et devenir une femme libre de ses pensées et de ses actes. Une femme forte. Une femme libre, enfin !