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Boris Vian – Les Fourmis

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Boris Vian, Les Fourmis…un recueil de onze nouvelles écrites entre 1944 et 1947.

Dès les premières lignes, Boris Vian donne le ton : »On est arrivés ce matin et on n’a pas été bien reçus, car il n’y avait personne sur la plage que des tas de types morts ou des tas de morceaux de types, de tanks et de camions démolis. »

L’humour noir est le fil conducteur de ces nouvelles: Boris Vian y décrit des scènes insoutenables avec un détachement apparent qui lui permet d’exorciser cette rage et cette révolte qui sommeillent en lui. Cette période d’après-guerre laisse apparaitre des cicatrices indélébiles. Pourrait-on même parler de littérature de l’absurde? C’est la question que je me suis posée en lisant l’une des nouvelles « le voyage à Khonostrov » où un passager d’un train se fait torturer (ou plutôt massacrer) par ses voisins de cabine car il préférait ne « pas parler ».

Pour ma part, il s’agit d’un livre coup de coeur: les sujets graves abordés, la plume et le ton de Boris Vian, ce livre m’a donné des frissons. Un recueil qu’on ne peut oublier.

 

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Entretien avec Romain Herb pour son premier roman « Jamais d’eux sans toi »

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Je vous parlais dans mon dernier post du premier roman autoédité de Romain Herb «Jamais d’eux sans toi» disponible sur Amazon et en vente pour les messins à la Librairie Hisler de Metz. Parce que les auteurs autoédités ont aussi droit à leur petite interview, Romain a eu la gentillesse de répondre à mes questions en toute franchise et sans langue de bois sur cette belle aventure. L’occasion pour vous de découvrir ce jeune mosellan aussi passionné que touchant !

 

Peux-tu nous faire une petite présentation?

Je m’appelle Romain, j’ai 26 ans. Je vis depuis ma naissance en Lorraine. Je suis passionné d’art et de voyage. Comme mes parcours scolaire et professionnel le prouvent, je suis un véritable touche-à-tout ! Mais à l’abri des regards, j’ai toujours eu un amour pour la littérature et surtout l’écriture. J’aime la poésie et les figures de style plus particulièrement. Pour moi, les mots sont comme des ingrédients ou des instruments permettant de concevoir un plat ou une mélodie, et dont but ultime est de déclencher des émotions, faire vibrer les sens.

 

Quels sont tes auteurs fétiches, ceux qui t’ont donné envie de prendre la plume à ton tour?

J’ai d’abord été attiré par Baudelaire, avec Les fleurs du mal. Mais très vite, c’est la plume de Francis Scott Fitzgérald et celle d’Ernest Hemingway qui m’ont inspiré. On ne le remarque peut-être pas, mais il y a beaucoup de travail d’écriture dans la musique et le cinéma. C’est une source d’inspiration inévitable pour moi.

 

Ton premier roman « Jamais d’eux sans toi » aborde la souffrance amoureuse d’un jeune homme qui n’a jamais connu la douleur. Qu’est-ce qui t’a inspiré cette histoire?

Je mentirais si je ne disais pas que ce sont mes propres expériences qui m’ont donné l’envie, ou le besoin, d’écrire cette histoire. Et d’une certaine façon, je trouvais ce paradoxe très inspirant. Bien entendu, pour romancer le tout, j’ai fait des choix artistiques, pris des risques et surtout favorisé la fiction.

 

Comment s’est déroulée l’écriture de ton livre?

J’ai d’abord élaboré un story-board avec des connexions entre les différentes étapes de l’histoire et caractérisé les personnages ainsi que les scènes. C’est très délicat de construire l’ensemble pour garder de la fluidité dans un récit narratif. Sans trop vous en dévoiler, je voulais absolument que le lecteur s’identifie au personnage principal, bien qu’anonyme, jusqu’à nouer une relation (casser la 4ème de couverture), sans autre dialogue que celui avec le lecteur. Sans chapitre non plus, pour faire défiler les pages comme dans un plan-séquence. Et bien d’autres décisions qui forment un roman original et à mon image.

Quant à l’écriture, cela survient souvent tard le soir, avant de me coucher, c’est à cet instant où mes idées sombres conduisent à des nuits blanches (Ahah !). J’utilise aussi un Dictaphone pour enregistrer mes inspirations quand je suis dans les transports en commun par exemple.

J’ai mis plus de 4 ans à écrire ce roman, car je n’avais aucune contrainte de temps et surtout je fonctionne à l’envie et l’inspiration.

 

Tu as finalement opté pour l’autoédition bien que des Maisons d’édition t’aient répondu favorablement. Pourquoi ce choix?

C’est semblable à un bébé que je ne désirais pas confier à une nounou. Je voulais le défendre et mener ce projet au bout moi-même. Assurer son développement pour reprendre la comparaison avec un nourrisson. Bien sûr, les réponses favorables m’ont donné le courage de me lancer en auto-édition, puisque j’ai compris que ce roman avait peut-être un potentiel. Je dois admettre que je me suis longtemps posé la question. Mais même si leur apport quant à la distribution, à la promotion est indiscutable, je voulais être seul décideur à propos du prix de vente, de la date de sortie et du format. Mener ce projet jusqu’au bout.

 

Ton livre reçoit beaucoup de retours positifs sur Amazon. Cela te donne-t-il envie de poursuivre l’aventure et d’écrire un second roman?

Je remercie tout d’abord toutes les personnes qui ont déjà dévoré le livre, ainsi que toutes les critiques. Cela me touche énormément, c’est une sorte de consécration de s’apercevoir que tes écrits réussissent à transmettre des émotions. Véritablement, je suis admiratif de toutes les personnes qui m’ont propulsé jusqu’à présent par leur soutien, leur message et avis. Alors bien entendu, ça me pousse à poursuivre l’aventure encore plus loin, et pourquoi pas écrire un second livre 🙂

 

Quelle(s) leçon(s) tires-tu de cette première expérience d’écriture?

Ce n’est pas une véritable leçon, mais je la tire de cette citation « le bonheur n’est réel que lorsque qu’il est partagé ». Et aujourd’hui, je partage toute cette aventure avec les M’iens. (une référence au M de la couverture et à ma communauté que je considère comme mes proches, comme les miens). J’y attache une énorme importance. L’écriture c’est avant-tout du partage, avec soi, avec les autres.

Merci à vous tous, merci à toi Aurélie pour cette interview.

 

Romain Herb – Jamais d’eux sans toi

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« Il n’y a pas d’amour sans souffrance », c’est le constat amer qu’établissait Pierre Reverdy en 1927 dans Le gant de crin. Le lien entre l’amour et la douleur, rapport indéfectible si souvent abordé par les écrivains, sujet inlassablement repris par les auteurs romantiques. C’est justement ce thème qu’a choisi d’explorer Romain Herb dans son premier roman autoédité « Jamais d’eux sans toi », savoureux mélange de roman initiatique, de confessions et d’histoire d’amour.

J’ai été bouleversée par ce texte si particulier, original en tout point. Par sa forme atypique, aucun chapitre, une vie écrite d’un seul élan. Un seul battement de coeur. Un choix assumé qui augmente l’intensité de la confession. Tel un patient sur le divan d’un psy, il lance ce mea-culpa à qui voudra bien l’entendre, le lire.

Cet homme, dont le corps est insensible à la douleur depuis la naissance, se confie au lecteur et relate ses expériences sentimentales. Ses coups de foudre. Ses échecs amoureux. Les trahisons. Et la découverte de la douleur, pas celle du corps, mais celle du coeur. A tel point qu’il sera difficile pour lui de créer une différenciation entre amour et douleur. Les blessures amoureuses dont les cicatrices s’effacent doucement, resteront à jamais gravées en lui. Souvenirs indélébiles de ces femmes qu’il a tant aimées. Virgile disait que « La blessure vit au fond du coeur », ce roman en est la parfaite illustration.

Je me suis laissé transporter par la plume sensible et poétique de Romain Herb. J’ai été émue par son personnage qui est à la fois victime et « bourreau » mais auquel on s’attache tendrement. Par cette naïveté des sentiments, presque enfantine car dans la découverte et dans un perpétuel apprentissage. Par ce texte confession, où le narrateur a eu le courage d’assumer ses erreurs et pris le recul nécessaire pour tirer des leçons de ses échecs amoureux. Un homme qui laisse parler son coeur à défaut de ressentir les maux/mots de son corps. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de faire un parallèle avec Boys de Pierre Théobald, dont les écrits font la part belle à la sensibilité masculine, nous plonge dans le « cœur des hommes ».

J’ai eu la chance de rencontrer Romain Herb il y a quelques jours au Fox Coffee de Metz où il était venu présenter son roman. L’auteur est aussi touchant que le personnage de son livre. On sent la passion et la force qui l’animent et qui l’ont poussé à écrire cette belle histoire en partie autobiographique. Ses mots viennent du coeur et à la lecture de son « bébé » je ne peux que le confirmer. Romain a bien voulu répondre à mes questions, je vous invite donc à découvrir son interview dans mon prochain post ! Un auteur à suivre, c’est une évidence.

Arthur Celette – Equinoxe de l’amour

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J’aimerais vous faire découvrir un auteur autoédité, Arthur Celette, dont le recueil de poèmes «Equinoxe de l’amour» dépeint l’amour au XXIe siècle.
L’amour sous toutes ses formes, l’amour et tout ce que cela engendre. Premier amour, amour passionnel ou amour devenu routine, trahisons, divorce, amour familial ou amour amical.

Au fil des saisons, l’amour devient sombre ou lumineux, triste ou générateur de bonheur.
Les mots sont incroyablement beaux, entre modernité et classicisme, presque philosophiques tant ces poèmes amènent une véritable réflexion sur l’évolution amoureuse.
Un poète de l’amour, ce thème intemporel et inépuisable, et qui a su toucher mon cœur par la douce musique de ses vers.

Coco

Tout devait éclore,
Notre jour devait arriver,
Tes soleils que je vois se clore,
Ne voulaient brûler.

Dissimulé tout l’hiver,
Sorti du cimetière,
J’ai cru en ta lumière,
Qui élevait le lierre.

Jamais je n’aurais dû m’accrocher,
Comment espérer l’éternité,
De cieux qu’aucun ne peut saisir,
J’avais l’envie de la réécrire.

Tout sur cette terre ne fait que me fuir,
Le temps en personne s’est défait de moi,
La première à tous les fait mentir,
La dernière à me plonger en émoi.

Dès le départ,
Tu savais que tu ne restais,
Pas plus d’un soir,
A ton au revoir fane le muguet.

Marguerite Duras – L’amant

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Lire L’amant de Marguerite Duras, c’est plonger dans l’intimité d’un mythe, capter le souffle et l’émotion de l’auteure derrière des mots d’une infinie simplicité.
L’amant, récit autobiographique publié en 1984 aux Editions de Minuit et encensé par le Prix Goncourt la même année, y retrace ses souvenirs d’adolescence, plus de trente ans après la sortie « D’un barrage contre le Pacifique » où naissaient déjà les prémisses de cette histoire scandaleuse.

Indochine, 1930, sur les rives du Mékong, dans la chaleur et la moiteur, la lenteur des eaux du fleuve, une scène se détache. Telle une photographie, où se mêlent les couleurs, les odeurs, le bruit et l’effervescence, figée dans l’esprit de Marguerite Duras, cette rencontre dans ce bac. Cette jeune française de 15 ans et demi, à l’allure non-conventionnelle : ce chapeau d’homme en feutre rose et au ruban noir, ces chaussures de soirée en cuir et or, cette robe de soie si élimée qu’elle en est devenue transparente, ce rouge sombre sur ses lèvres. Une allure d’enfant prostituée, une sensualité non-innocente.
Et puis un regard a suffi, cet homme dans cette limousine noire, un riche chinois qui porte le costume de tussor clair des banquiers de Saïgon. De 12 ans son aîné. Quelques mots échangés. Il la raccompagne à son pensionnat.

C’est le début d’une histoire interdite faite de rencontres dans cette garçonnière de Cholen, cette chambre où seuls jaillissent à travers les persiennes les lumières et le tumulte de la rue. Dans l’intimité sombre de cette pièce, elle va découvrir le désir, la passion, leurs deux corps entremêlés jusqu’à devenir femme, vieillir en un instant. L’ambivalence entre cette garçonnière, lieu de violence, de douleur et de déshonneur et cet amour fou, obsessionnel que lui porte alors cet homme. L’ambivalence de la différence culturelle entre cette jeune fille blanche et ce riche chinois, cette adolescente pauvre et cet homme puissant.

Marguerite Duras mêle à ce récit amoureux, les souvenirs dispersés de ses rapports conflictuels avec sa famille. Sa mère, veuve, ruinée, institutrice à Sadec. Qui sombre doucement dans la folie. Qui consent à « prostituer » sa fille pour de l’argent…Son frère ainé, violent, voleur, qui détruit ce semblant de cocon familial. Et son petit frère qu’elle aime plus que tout. Une « famille en pierre », où l’amour et la haine se côtoient si intensément que la jeune fille se terre dans un mutisme, se mue dans une tristesse éternelle, et pourtant « C’est un bien-être cette tristesse ». Elle est devenue cet être froid, distant, dénué de sentiments. Cette passion dévorante sera pour elle une échappatoire, une liberté nouvelle et une forme d’émancipation face à cette atmosphère familiale oppressante.

L’écriture durassienne est brute, épurée, poétique, le rythme y est lentement scandé. Mais en 137 pages, il n’y a aucune pause, un seul et même bloc de mots dans leur plus pure beauté et intensité. Jetés sur la feuille avec la précision d’une orfèvre. Un esthétisme exotique, un hymne à la liberté, à la découverte de la sensualité. Mais aussi pour Duras une relation qui lui permettra de comprendre la véritable passion qui bouillonne en elle, celle de devenir écrivaine. Un livre intense qui nous ensorcelle. Un classique. Un chef-d’œuvre. L’amour selon Duras.

Minnie Darke – Quand les astres s’emmêlent

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« Quand l’univers vous envoie un message… »✨

A Sydney, Justine Carmichael est stagiaire depuis 2 ans dans le célèbre journal local, l’Etoile d’Alexandria. Cette timide jeune femme de 26 ans, Sagittaire, incollable en orthographe, les pieds sur terre et la tête certainement pas dans les étoiles, espère patiemment qu’une place de journaliste se libère pour enfin exercer ses talents d’écriture.

Lorsqu’elle tombe par hasard sur Nick Jordan, Verseau, comédien, passionné d’astrologie, ami d’enfance et premier amour, tout va être chamboulé. Ses sentiments refont surface et ses pensées sont désormais tournées vers celui qu’elle n’a pas revu depuis leur dernier baiser, alors qu’ils n’étaient qu’adolescents. Et quand Justine découvre que Nick se trouve être également son nouveau voisin, les signes du destin sont irréfutables.

C’est justement à ce moment que le poste de responsable des collaborations extérieures de l’Etoile se libère, et comme dans un grand jeu des chaises musicales, Justine se retrouve en charge de la retranscription des Fax du célèbre astrologue Leo Thornbury. Une rubrique suivie assidument chaque mois par Nick et par d’autres lecteurs, et dont les prédictions influent sur leurs choix de vie.

Justine décide alors de « légèrement » interférer dans l’horoscope et réécrit secrètement celui du Verseau afin de donner un coup de pouce au destin : insuffler à Nick la confiance nécessaire pour son avenir professionnel et lui permettre de réaliser que Justine est bien plus qu’une simple amie d’enfance. « L’inciter à regarder plus loin, plus profond, à aller au-delà. A être davantage. »
Mais comme tout est une question d’interprétation, ses prédictions n’auront pas l’effet escompté et Justine va vite se retrouver dans des situations imprévues, entre quiproquos et embarras. Elle va se retrouver prise à son propre piège. D’autres lecteurs du signe du Verseau vont être eux aussi impactés par les fausses prédictions de Justine. Cet horoscope totalement inventé aura finalement plus de portée qu’elle ne l’imaginait.

Minnie Darke nous embarque en Australie pour un voyage cosmique et délirant. Un feel-good aux allures de « Love Actually », où plusieurs destins sont liés et se rejoignent au fil des pages, ou quand les astres s’alignent de façon incroyable. Une belle histoire d’amour, romantique à souhait. Des situations improbables, drôles et attachantes, complètement rocambolesques, qui s’enchainent à la vitesse de la lumière. Une agréable lecture, qui ravira même les plus réfractaires à l’astrologie. Finalement, le destin est-il écrit ou sommes-nous capables d’influer dessus ? Existe-t-il des forces supérieures, magiques, qui nous dépassent et nous gouvernent ?
A la lecture de ce roman, on ne peut que tirer cette belle leçon : A nous de décider de la meilleure interprétation que nous voulons donner à notre avenir !

Cunha et Carbone – Dans les yeux de Lya – Tome 1 -En quête de vérité

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Je lis très rarement des BD, mais depuis quelques temps, certains romans graphiques m’attirent beaucoup : des histoires fortes dont les dessins viennent sublimer le récit.
« Dans les yeux de Lya » fait partie de ces livres qui plaisent à coup sûr aux novices des bulles. Le premier tome « En quête de vérité » nous entraîne dans la vie de Lya et ses aventures pour connaître la vérité.

A 17 ans, Lya est victime d’un terrible accident : fauchée par une voiture, elle est laissée pour morte sur la route. Lorsqu’elle se réveille, elle découvre qu’elle est devenue paraplégique…toute sa vie a basculé et ne se sera plus jamais comme avant. Heureusement, ses parents et son ami Antoine sont là pour elle et la soutiennent plus que jamais.
Mais en tombant sur un courrier, elle apprend que ses parents ont reçu de fortes sommes d’argent en échange de leur silence. Une lettre à l’entête d’un cabinet d’avocats, DV Associés…
Qui est ce chauffard ? ce lâche ? Ses parents connaissent-ils son identité ? Elle va mener son enquête et s’introduire chez cet avocat pour découvrir ce terrible secret.

Les dessins sont incroyablement beaux, colorés et modernes. Les personnages ont des airs de héros de manga avec leurs grands yeux expressifs. L’histoire est bien ficelée, ultra prenante et nous happe totalement dans cette recherche d’indices. Lya est une jeune fille intelligente, forte et drôle, une héroïne courageuse et déterminée à laquelle on s’attache inévitablement. Si comme moi vous commencez à vous initier à la bande-dessinée, ce livre est idéal pour devenir addict en quelques pages !

Yannick Lefrançois – Que font les petites souris avec nos dents de lait?

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Que font les petites souris avec nos dents de lait?

La petite souris, une légende qui nous ramène avec douceur et tendresse en enfance. Ce petit animal magique qui se glisse secrètement dans la chambre et vient récupérer nos dents de lait sous l’oreiller afin d’y déposer, en récompense, une pièce. Un rituel que l’on a tous connu et qui se perpétue de génération en génération. Comme le Père Noël, cette légende cache bien des mystères…

Mais d’où viennent ces pièces de monnaie ? Et surtout pourquoi les petites souris récupèrent-elles nos dents ? Qu’en font-elles après ?

Ce joli livre illustré pour enfants nous raconte l’histoire de ces petites souris et répond avec malice à ces questions que même les adultes se posent. Mes enfants étaient ravis d’enfin en savoir plus et étaient émerveillés en découvrant ce secret si bien gardé ! Un petit livre qui se lit le soir, au coucher, pour un moment de complicité avec nos chers bambins. Et surtout, une belle histoire qui enchantera petits et grands avant de faire de beaux rêves…de souris.

Marie-Virginie Dru – Aya

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Aya, force et fragilité

Aya, petite fille solaire et rêveuse de 12 ans, vit sur l’île de Karabane, au large des côtes sénégalaises. Dans son village, le temps s’est figé sur des traditions ancestrales et la vie, certes rudimentaire, y est malgré tout douce et emplie d’humanité.

Aya vit seule avec sa mère, tombée dans la folie depuis la disparition de son père, tandis que son grand frère a voulu tenter sa chance en migrant vers la France. Livrée à elle-même, sans repère parental, elle aime passer ses journées avec son ami de toujours Ousmane.

Et puis il y a cet oncle, qui l’aime un peu trop, qui l’aime comme on ne devrait pas aimer…Horreur insoutenable de celui qui devrait la protéger.

Jusqu’à cette terrible nouvelle qui changera le cours de sa vie. Elle décide alors de fuir, de quitter son île, de tenter sa chance à Dakar, là où on pourra l’aider.

Aya est le visage de l’innocence, de l’insouciance de l’enfance, de la joie de vivre malgré les épreuves. Une fillette pleine d’énergie et de courage qui force le respect. Une enfance écourtée et une maturité venue bien trop tôt.

Ce livre est un incroyable conte, où se mêlent poésie, traditions, beauté des paysages et couleurs chaudes de l’Afrique. Forte, émouvante, perturbante, cette histoire m’a complètement chamboulée. La plume y est envoûtante, les mots chantent, les mots ensorcellent. Des mots qui choquent puis qui réconfortent. Une enfant fragile dans un monde dangereux. Et ce besoin de vivre, envers et contre tout, de se sentir enfin libre et heureuse. Partir pour renaître. Partir et nouer de belles rencontres sur ce chemin vers la résilience. Un livre si fort qu’il ne peut laisser insensible, un magnifique coup de coeur.

Mariam Sheik Fareed – Le syndrome de l’accent étranger

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«Le plus beau des voyages est parfois une simple rencontre…» 

Désiré est balayeur pour la ville de Paris. D’origine mauricienne, il vit illégalement sans papier dans une petite chambre de bonne. Sous les toits brûlants de Paris, le ciel à travers la lucarne comme seul témoin, la vie y est simple, modeste, solitaire. Un soir, dans le métro, Désiré trouve une sacoche contenant un ordinateur portable. En voulant connaître l’identité du propriétaire, il y découvre le début d’une histoire qui l’intrigue.

Cette sacoche appartient à Alexandre, un cuisinier dont la vie n’est pas palpitante. Son ordinateur, il l’embarque partout avec lui pour y noter ses idées, ses pensées. Mais voilà, ce roman qu’il a commencé ne l’inspire plus, les mots ne viennent plus… Jusqu’à ce qu’il reçoive une lettre de Désiré, qui propose de lui rendre sa sacoche et son ordinateur à condition qu’il écrive la fin de l’histoire. Alexandre accepte d’écrire si Désiré l’aide à imaginer la suite. Le chantage va alors prendre une tournure de correspondance entre ces 2 hommes. 2 hommes que tout oppose mais qui sont liés par l’amour des mots et l’envie d’écrire une histoire. Un début d’aventure littéraire qui va réveiller l’enthousiasme de ces 2 âmes égarées.

L’histoire non finie, c’est finalement une histoire dans l’histoire : celle de Sophie Van Er Meer, une richissime galeriste parisienne qui, suite à un accident, est victime d’un traumatisme crânien et se met à parler avec un drôle d’accent. Un accent créole. Elle souffre du FAS, le Foreign Accent Syndrome, ou Syndrome de l’accent étranger. La suite, c’est Désiré qui la soufflera à Alexandre…

Le premier roman de Mariam Sheik Fareed est un merveilleux conte moderne, empreint de poésie et de bienveillance. De Paris à l’île Maurice, des profondeurs du métro à l’exotisme de l’Océan Indien, on plonge avec délice dans un livre à la plume tendre, plein d’humanité et de sensibilité. 2 histoires au message réconfortant. Devient-on ce que l’on est ou ce que l’on veut être ? Une lecture qui émeut et qui fait du bien. L’ouverture aux autres et au monde, voilà une belle promesse d’avenir.

Mahir Guven – Grand frère

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J’ai sélectionné pour le Prix des lecteurs Livre de Poche d’avril, « Grand frère » de Mahir Guven, un bouleversant premier roman à 2 voix, où grand frère et petit frère se livrent à chaque chapitre.

Nés d’un père syrien chauffeur de taxi et d’une mère bretonne décédée alors qu’ils n’étaient qu’enfants, ces gosses des cités ont choisi deux directions différentes. Des gosses qui ont toujours cherché leur place dans cette France métissée. Ni vraiment syriens, ni vraiment français, ni musulmans ni chrétiens. « Comment retrouver son chemin quand on sait pas d’où l’on vient ? »

Grand frère, chauffeur de VTC, a décidé de se ranger et de laisser derrière lui les conneries de quartier. Grâce à Le Gwen, le policier, il a évité d’aller en prison pour du trafic de drogue, et depuis, l’aide en répétant ce qu’il entend dans la rue. Son quotidien se résume à ses courses Uber et retrouver ses amis chez Mehmet le Turc, tout en pensant à son frère dont il n’a plus de nouvelles.

Petit frère, infirmier passionné à l’avenir prometteur, est parti du jour au lendemain pour faire de l’humanitaire, soit disant en Afrique. Mais son père et grand frère savent qu’il est parti pour d’autres raisons, en Syrie, au Cham, Terre sainte, terre de leurs ancêtres et terre de Djihad. « Mon seul espoir, c’était le départ, de me casser pour sortir du noir, et trouver la lumière. Faire mon djihad en sauvant des vies. Réparer celle des autres et, au passage, la mienne. »

Jusqu’à ce soir où grand frère croit apercevoir petit frère à une gare routière à Paris. Pourquoi est-il rentré sans donner de nouvelles ? Que faisait-il en Syrie ?

Mahir Guven a obtenu le Goncourt du premier roman pour cet étonnant récit aux allures de polar. Dans une langue mêlant argot, arabe et verlan, d’une justesse et d’une humanité désarmante, percutante, il joue avec les mots, associe l’humour à la gravité. Un récit plein de rage. Un livre magnifique, véritable coup de cœur, que l’on referme les larmes aux yeux et complètement étourdis par ce puissant portrait sociétal terriblement d’actualité.