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Boris Vian – Les Fourmis

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Boris Vian, Les Fourmis…un recueil de onze nouvelles écrites entre 1944 et 1947.

Dès les premières lignes, Boris Vian donne le ton : »On est arrivés ce matin et on n’a pas été bien reçus, car il n’y avait personne sur la plage que des tas de types morts ou des tas de morceaux de types, de tanks et de camions démolis. »

L’humour noir est le fil conducteur de ces nouvelles: Boris Vian y décrit des scènes insoutenables avec un détachement apparent qui lui permet d’exorciser cette rage et cette révolte qui sommeillent en lui. Cette période d’après-guerre laisse apparaitre des cicatrices indélébiles. Pourrait-on même parler de littérature de l’absurde? C’est la question que je me suis posée en lisant l’une des nouvelles « le voyage à Khonostrov » où un passager d’un train se fait torturer (ou plutôt massacrer) par ses voisins de cabine car il préférait ne « pas parler ».

Pour ma part, il s’agit d’un livre coup de coeur: les sujets graves abordés, la plume et le ton de Boris Vian, ce livre m’a donné des frissons. Un recueil qu’on ne peut oublier.

 

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Valérie Perrin – Changer l’eau des fleurs

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Ne dit-on pas qu’un livre est le reflet de son auteur ? Dans le cas de Valérie Perrin, cette phrase trouve tout son sens. Cette femme est lumineuse, souriante, douce et bienveillante. Une auteure qui vous accueille en vous prenant dans les bras, en vous parlant simplement et en vous ouvrant son cœur. Dans Changer l’eau de fleurs, Violette est à l’image de Valérie : un rayon de soleil dans ce décor triste.

Violette, abandonnée à la naissance, enchaînera les familles d’accueil sans jamais être adoptée. Cette fillette qui s’est toujours mise de côté, effacée, pour ne pas déranger, spectatrice de sa propre vie. A 18 ans, elle rencontre Philippe Toussaint, ce bel homme qui a su la séduire, la posséder tel un objet. Naîtra de cette union Léonine, la raison de vivre de Violette. Le couple occupe alors un poste de garde-barrière à Malgrange-sur-Nancy. Mais le bonheur va vite laisser place à l’horreur…Une blessure à vif, un drame qui détruira cette famille. Car la vie tient à peu de choses. Certains actes sont irréversibles. Tel un jeu de dominos, tout peut s’écrouler sous une infime impulsion.

Aujourd’hui seule, Violette est devenue garde-cimetière à Brancion-en-Chalon, un petit village de Bourgogne. Elle accueille dans sa loge les familles endeuillées, les chats et chiens abandonnés, cultive un petit potager, vend quelques plantes, s’occupe des tombes et change l’eau des fleurs. Ce cimetière, elle le connaît par cœur. Elle connaît chaque histoire des morts et des vivants qui peuplent ce carré de terre. Mais le jour où un homme, Julien, vient déposer les cendres de sa mère Irène sur la tombe d’un certain Gabriel, la vie de Violette va basculer. Le passé va resurgir sans crier garde. Bouleverser cette vie austère. Cette existence plus morte que les fantômes du cimetière.

Dans le cadre du Prix des lecteurs Livre de poche, j’ai pu découvrir la plume pleine de tendresse de Valérie Perrin. Une pudeur dans les mots et dans les sentiments. Une sensibilité cachée. Ces mots qui résonnent en nous, simples et intenses à la fois. Et ce personnage de Violette, si attachante, si bouleversante. Une femme forte et courageuse, qui arrive à apaiser la douleur, écouter, et comprendre…Oui, comprendre, car Violette est le symbole de la résilience, du deuil. Celle qui cache ses manteaux colorés sous un manteau gris. Celle qui ouvre sa modeste maison pour réconforter les âmes en peine. Celle qui passe finalement à côté de sa vie en préférant aider les autres.

Valérie Perrin nous livre plusieurs histoires dans l’histoire. Au fil des pages, j’ai été subjuguée par toute la douceur qui émane de ce texte. Par une Violette émouvante et magnifique, qui illumine par son aura. « Changer l’eau des fleurs » a été pour moi un coup de coeur. Un roman que je sélectionne pour le mois d’août et qui je l’espère remportera le prix final des lecteurs en septembre !

Alexandra Koszelyk – A crier dans les ruines

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Tchernobyl. Un nom qui rappelle l’effroi d’une catastrophe nucléaire. Une région d’Ukraine rayée de la carte. C’est là, à Pripiat, ville moderne et exemplaire, la ville la plus proche de la Centrale, que vivaient Léna et sa famille. Ses amis, sa classe, son cours de danse, la grande roue de la fête foraine, le parc et l’arbre sur lequel sont gravées les lettres L+I entourées d’un cœur frontière. I pour Ivan. Son meilleur ami depuis toujours. Son premier amour. Son seul amour.

En 1986, quand a lieu l’incendie dans le réacteur n°4, la zone est évacuée. Léna a 13 ans. Elle ne comprend pas pourquoi on l’arrache si brusquement à sa terre natale, à son ami, à son quotidien. Il faut partir et vite. Tout est contaminé, irradié, il faut tout laisser à Pripiat. Alors, Léna et ses parents quittent l’Ukraine pour s’installer à Cherbourg. Elle est physiquement en France mais son cœur est encore là-bas, dans la zone. Dans les ruines de Pripiat. Dans la poussière radioactive. Où le temps et la vie se sont arrêtés. Mais où chaque nuit elle rêve d’Ivan. Elle rêve de sa vie d’avant.

Ivan fait partie de ces « samossiols », ces « revenants », qui malgré des relogements à Kiev ont préféré revenir vivre dans la zone. Quand on a côtoyé la mort de si près, les radiations ne font plus peur. La forêt de Pripiat et sa cabane sont son refuge, sa maison. Chaque année, le 26 avril, date anniversaire de la catastrophe, Ivan écrit une lettre à Léna. Des lettres qu’il n’enverra jamais. Des lettres pour seul exutoire, miroir de cette vie brisée par la folie humaine.

En 2006, vingt ans jour pour jour après son départ, Léna revient à Pripiat. Un pèlerinage nécessaire. Pouvoir enfin dire adieu à cette terre. Panser les blessures d’une vie éteinte en 1986 en même temps que l’explosion. D’une vie d’exilée. D’une vie de mensonges et d’incompréhension. Ses réponses, elle ne pourra les trouver qu’à Tchernobyl, dans la zone.

Je n’ai pas réussi à refermer ce livre. J’ai voulu retarder cette lecture, la savourer, l’apprécier pleinement et délicatement. Car la plume d’Alexandra Koszelyk est d’une douceur et d’une profondeur pénétrante. Elle vous chamboule, vous fait frissonner. Les larmes ont coulé, c’est rare qu’une auteure sache trouver le chemin de l’âme, du coeur, mais la douleur et la terrible réalité de ce roman m’ont touchée. Chaque mot est gorgé d’une émotion forte, d’une mélancolie palpable. Elle nous transporte dans cette Ukraine d’il y a 30 ans, dans cette république soviétique, dans cette zone aujourd’hui dévastée. Dans une histoire d’amour infinie, intense. Une histoire qui avorte avant même d’avoir commencé. 2 êtres fusionnels séparés par la fusion radioactive crachée par cette centrale de la mort. Séparés par des milliers de kilomètres, des décennies. Mais toujours ces initiales, L+I, gravées dans l’écorce irradiée, intouchable. Car l’amour est indestructible et la vie en émane toujours. Un premier roman, somptueux chef d’œuvre, qui vous irradie de sensibilité.

Dhafer – Solios – Tome 1

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Si pour vous Japon rime avec sushi et yakitori, Club Dorothée, judo et geisha, c’est que vous êtes au même niveau que moi! En gros, la culture manga c’est la totale inconnue, un univers lointain, un monde parallèle, le néant. Oui, vous n’y connaissez rien, assumons tous ensemble notre méconnaissance de l’Empire du soleil levant. J’ai donc bossé pour vous!!

Les éditions Michel Lafon ont lancé début 2019 une collection manga «Shibuya Michel Lafon», en collaboration avec la société Shibuya Productions.
Solios est l’œuvre de Dhafer, ce youtuber et mangaka français malentendant, qui a fini 2e en 2017 du Magic International Manga Contest. Dans Solios, Dhafer nous prouve à travers le personnage de Rafi que la différence est une force.

Rafi est un jeune parisien malentendant. Grâce à son appareil et à la langue des signes, il vit comme tous les garçons de son âge. Mais une nuit, Le Carré, un extra-terrestre robotisé, va l’emmener sur la planète Altysse. Lorsqu’il débarque dans ce monde fantastique, Rafi découvre que ses habitants sont terrorisés par des êtres humains. En effet, il y a peu, l’armée de Scrito est venue attaquer Solios afin de subtiliser leur source d’énergie phénoménale, bien gardée par le dragon Zahuk. Rafi va comprendre qu’il n’est pas arrivé sur Altysse par hasard. En tant qu’élu, son handicap sur Terre va se révéler être un incroyable pouvoir sur cette nouvelle planète.

Grande première pour moi donc avec la lecture de ce manga. Oui car à la maison ce sont principalement mon mari et mon fils qui se délectent de ces petits livres japonais. Alors, dans ma lancée des découvertes littéraires, j’ai été plus que ravie de lire ce manga. Qui plus est, un manga français! Une fois que j’avais compris qu’il fallait lire à l’envers, c’était parti mon kiki! L’histoire est prenante, les images s’enchainent à un rythme intense. Les dessins sont superbes, très « manga japonais » avec des personnages aux grands yeux, des caractères japonisants et des animaux fantastiques qui m’ont fait penser à ceux de Pokemon. Rafi le héros a quant à lui des airs de Luffy de One Piece. J’ai été surprise d’apprendre que l’auteur était français tant l’ensemble est parfaitement réalisé. Et voilà, j’ai dévoré cette lecture très rapidement, juste le temps de constater que je n’avais que le Tome 1 et que je voulais absolument connaître la suite! Pari réussi, j’en redemande!!

Anaïs Llobet – Des hommes couleur de ciel

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A la Haye, ville de paix et de tolérance, une bombe explose dans la cantine d’un lycée, faisant 24 morts. Cette bombe aurait été posée par un étudiant Tchétchène…

Lorsqu’elle apprend la nouvelle, Alice, professeure de Russe dans ce lycée, se retrouve abasourdie. Les souvenirs d’une autre époque lui reviennent en mémoire, ceux de l’horreur de la guerre en Tchétchénie…Une enfance enfermée dans les caves sous les bombes. Faudrait-il encore fuir ? Car Alice s’appelle en réalité Alissa, elle est Tchétchène et non pas russe. Depuis 10 ans, elle a quitté son pays pour s’installer à La Haye. Alors qu’elle possède la nationalité néerlandaise, elle a toujours caché ses véritables origines pour pouvoir s’intégrer. Tout effacer. Reconstruire une nouvelle vie. Cachée derrière ce masque, ce déguisement d’une russe intégrée et irréprochable, de la gentille voisine, de la prof appréciée.

Oumar est Tchétchène mais se fait appeler Adam. Il est venu à La Haye pour obtenir son bac. Adam est homosexuel, un mot qui n’existe même pas dans son pays, là-bas il serait un « homme couleur de ciel » mais surtout un homme mort, déshonoré. Alors qu’il cache son identité sexuelle le jour, la nuit il retrouve cette liberté tant espérée. La veille de l’attentat, il embrassait un garçon dans un club…
Son petit frère, Kirem, est élève dans la classe d’Alice. Les 2 frères se ressemblent physiquement, mais tandis qu’Oumar est lumineux, bon élève et intégré, Kirem est sombre et en proie à une colère démesurée. Depuis l’attentat, le jeune lycéen est introuvable…
Qui a commis l’irréparable ? Qui est l’auteur de cet acte terroriste ?

Anaïs Llobet est journaliste et a effectué plusieurs séjours en Tchétchénie. Elle nous livre ici un roman percutant, bouleversant, intense. Un coup de poing. Les pages se tournent avec angoisse. Celle de comprendre qui est le véritable terroriste. Celle de suivre des parcours de vie terribles, la guerre, l’exil. En abordant la dure question de l’intégration, de la reconstruction. Mais aussi et surtout cette quête d’une identité. Assumer SON identité. Est-il préférable de vivre librement en étant soi-même ou de cacher qui l’on est? Car au XXIème siècle, vivre en toute liberté, assumer qui l’on est, semble encore difficile. La faute au carcan des traditions, à l’obscurantisme des esprits, aux préjugés. Assumer qui l’on est ou mentir, quitte à en mourir? Des hommes couleur de ciel est un magnifique hymne à la tolérance. Il est de ces livres qu’il faut absolument lire. Montrer qu’aujourd’hui encore, la liberté d’identité est une bataille et un droit non acquis.

Merci Anaïs Llobet pour ce livre porteur d’un message si fort!

Harold Cobert – Belle-Amie

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«Tant qu’on monte, on regarde le sommet, et on se sent heureux ; mais lorsqu’on arrive en haut, on aperçoit tout d’un coup la descente, et la fin qui n’est que la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend.» Guy de Maupassant, Bel-Ami

Le chef d’œuvre Bel-Ami de Maupassant est un classique du genre. Un roman qui met en scène l’ascension social de Georges Duroy, ce jeune normand ambitieux, qui grâce aux femmes est parvenu à se hisser dans la haute bourgeoisie parisienne.

Avec Belle-Amie, Harold Cobert nous propose ici une suite à Bel-Ami. Dix ans se sont écoulés depuis son mariage avec la riche Suzanne en l’Eglise de la Madeleine. Devenu rédacteur en chef du journal La Vie française, il se fait dorénavant appeler Georges Du Roy de Cantel. Encore au début de son ascension, il convoite le Palais Bourbon et brigue un mandat de député. Toujours aussi méprisant, arrogant et fier, Georges est dévoré par ce sentiment de toute-puissance. Et dans une France au climat antisémite et antirépublicain, il va profiter de la collusion d’intérêts entre la presse, la politique et la finance pour se hisser au sommet.

Dans cette « suite », Georges ne se servira plus seulement des femmes comme marche pieds, mais usera de sa position de député pour s’enrichir et espérer atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. Pour servir ses propres intérêts, il trompera ses amis, sa famille. Il profitera de cette atmosphère crapuleuse, de ce monde hypocrite où chacun se sert de l’autre pour jouer un jeu de dupes. Sur fond de souscription publique pour la construction du Canal du Nicaragua, Georges va être mêlé à de la corruption, des pots de vin, des négociations souterraines, des mensonges, des manipulations. Tous les moyens sont bons pour qu’il arrive enfin au sommet. Mais jusqu’où ira-t’il pour atteindre le pouvoir ?

Je vous préviens, ce livre se dévore !!! J’ai adoré détester Georges. Et bizarrement, on est aussi obligé d’aimer cet anti-héros à la limite de la folie, sans foi ni loi et sans scrupule. Oui, étonnamment, j’ai presque eu envie de voir Georges s’en sortir.

Pour ceux qui n’auraient jamais lu Bel-Ami, vous serez bien entendu lapidés en place publique…non, je plaisante, cela arrive à tout le monde, même aux meilleurs !!! Donc pas de panique, car Belle-Amie peut se lire indépendamment de l’œuvre classique. Harold Cobert nous rappelle en effet le contexte au fil des pages si nécessaire.

Ce roman contemporain est digne d’un chef d’œuvre classique. L’illusion est parfaite car j’ai eu l’impression de lire du Maupassant. Un pari osé et relevé haut la main par un auteur qui manie la plume classique comme les maîtres littéraires du XIXème siècle. Une histoire criante de réalisme qui nous rappellerait presque les magouilles politico-financières d’aujourd’hui. Bravo !

Léa Wiazemsky – Comme si tout recommençait

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« Je m’appelle Barbara, j’aurai quarante ans dans trois mois, et je me demande ce que je fous là, devant cette maison de retraite qui va être ma vie. Je m’appelle Barbara, je ne crois plus en l’amour, plus au bonheur, et je vais passer mon temps avec des gens qui ont tout cela derrière eux. L’ironie du sort… »

Barbara a toujours voulu être mère. Elle a toujours eu cette image idyllique et parfaite de la mère de famille heureuse, amoureuse, avec de beaux enfants. Victor, son compagnon depuis ses 30 ans, préférait plutôt une vie de couple sans enfant. Il voulait profiter de la vie et repoussait sans cesse l’échéance. Pour faire patienter Barbara, il lui a promis un enfant pour ses 40 ans. Et parce qu’elle l’aimait et ne voulait pas le perdre, elle a accepté. Mais à quelques mois de son anniversaire, Victor la quitte pour une autre.

A presque 40 ans, Barbara se retrouve célibataire et sans enfant, trahie, blessée, éteinte. Elle décide alors de tout quitter : Paris, son boulot, son appart. Repartir à zéro. L’occasion se présente de diriger une maison de retraite à Antibes. Etre entourée de vieilles personnes à défaut d’enfants, cela semble être un bon compromis. Elle espère ainsi retrouver le goût de vivre avec des personnes en fin de vie. Des pensionnaires qui seront pour elle ses « vieux enfants » car ils ont tellement besoin d’attention et d’affection, besoin d’être protégés et écoutés.

Mais ce sont aussi ces chaleureux compagnons qui vont la soutenir. Au contact de Bernadette, Claire et Alain, Barbara va tenter de faire le deuil de la maternité. Elle va aussi découvrir des histoires douloureuses, le passé de ces retraités qui ont une vie derrière eux et dont la résilience est souffle d’espoir.

Dans ce troisième roman, Léa Wiazemsky nous entraine dans une histoire émouvante qui aborde la question de la maternité, ou plutôt de la non-maternité. Ce besoin presque vital de devenir mère à l’approche de l’âge fatidique de 40 ans. A priori, sorte de barrière biologique, voire psychologique, pour espérer tomber enceinte. Mais est-ce qu’une famille avec enfants est la finalité et la condition essentielles d’une vie épanouie et heureuse ?

Léa Wiazemsky soulève également la question presque taboue de l’amour chez le 3eâge : Existe-t-il un âge pour être amoureux, un âge pour être heureux ? Doit-on s’arrêter de vivre parce que nous sommes trop vieux ?

J’ai adoré ce livre qui insuffle plein d’amour, de la joie de vivre et de l’espoir à foison. Il nous prouve que chaque épreuve douloureuse est surmontable, qu’il ne faut jamais baisser les bras et toujours croire en un avenir meilleur. Car le bonheur peut arriver n’importe quand, il n’y a pas d’âge et de condition pour y avoir droit. L’amour, l’amitié et la bienveillance semblent en être la clé. D’ailleurs ne dit-on pas que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ?

E.L. James – Monsieur

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La grande E.L. James est de retour après le phénomène Cinquante Nuances de Grey que j’avais dévoré. Vous imaginez donc mon excitation et mon impatience lorsque j’ai reçu ce livre !!

Avant de vous donner mon avis, voici un rapide résumé : Maxim Trevelyan est le stéréotype du riche célibataire à la vie facile et aux conquêtes multiples. Au décès de son frère, il hérite du titre de Comte de Trevethick et des affaires familiales. Lorsqu’il rencontre Alessia, sa femme de ménage, c’est le coup de foudre. Il ne pense qu’à elle et n’a plus qu’une obsession, la conquérir. Mais Alessia, d’origine albanaise, arrivée il y a peu en Angleterre, cache un passé mystérieux qui vient la terrifier jusqu’à Londres…Maxim fera tout pour protéger celle qui fait dorénavant battre son cœur.

Donc donc donc…je suis très mitigée sur ce roman. Certes, il se lit très vite, il se dévore même…mais, car il y a un mais, je crois que c’était en fait le livre de trop : beaucoup trop de clichés à mon goût, toujours ce sempiternel thème du riche millionnaire sexuellement débridé qui initie une jeune fille vierge et innocente aux plaisirs de la chair…Je pense qu’après Cinquante Nuances de Grey, il aurait fallu changer, renouveler. Peut-être m’attendais-je à un niveau équivalent à celui de la saga phénomène ? Pour vous donner un exemple, c’est comme des suites de films à succès (prenez Les Visiteurs, les Bronzés, Camping), le premier est génial, la suite sent le réchauffé. Attention, Monsieur n’est pas la suite de Cinquante Nuances de Grey, mais c’est une pâle copie en moins aboutie.

Pour les fans de Cinquante Nuances de Grey, attendez-vous donc à moins haletant, moins torride, moins intense. Mais Monsieur reste malgré tout une lecture agréable, sans prise de tête, une romance érotique sympathique. Il est indiqué en 4ede couverture qu’il s’agit d’un « thriller érotique », pour être plus exact, il s’agit plutôt de comprendre les mystères qui entourent le personnage d’Alessia, sur fond de câlins et scènes XX.

Bilan en demi-teinte donc, je ne peux pas dire que j’ai détesté, c’est sympa à lire, mais j’ai été déçue car je m’attendais à revivre le même engouement que pour Cinquante Nuances. J’en attendais peut-être trop de cette auteure. Une lecture de vacances pour nous mesdames, 474 pages qui se lisent aisément et sans chichi. N’est pas Christian qui veut, et Maxim n’était visiblement pas à la hauteur de notre sombre fétichiste.

Maryline Martin – La Goulue, Reine du Moulin Rouge

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Il est de ces femmes qui ont eu une vie et un destin si exceptionnels qu’écrire une biographie à leur sujet se transforme vite en un incroyable roman.

C’est le cas de Louise Weber, plus connue sous le nom de La Goulue, reine du cancan, des cabarets et du Moulin Rouge.

Pour les 90 ans de sa mort, Maryline Martin s’est attaquée à un monument français et a souhaité réhabiliter l’image de cette femme ô combien scandaleuse. L’auteure a eu accès au journal intime de Louise Weber grâce au directeur de communication du Moulin Rouge et fouillé dans les archives de la Société d’histoire et d’archéologie des 9eet 18earrondissements de Paris. Elle a ainsi pu esquisser le portrait d’une femme en avance sur son temps, qui aimait bousculer les codes, toute à la fois excentrique, provocante, vulgaire, aimée ou détestée, misérable ou glorifiée. Le portrait d’une femme libérée, décomplexée, symbole d’une soif de vivre destructrice.

Cette petite blanchisseuse de la rue de la Goutte d’Or d’origine alsacienne nait dans un milieu très pauvre, mais veut s’en sortir par tous les moyens. Et cette porte de sortie pour elle fut la danse. Dès son plus jeune âge déjà, elle dansait à s’en faire exploser le cœur. Des genoux de son père dans les bals de l’Elysée Montmartre au plancher ciré du célèbre Moulin Rouge il n’y a qu’un pas (de danse). Son physique exubérant, blonde, pulpeuse, et son légendaire levé de jambe vont vite la propulser reine du quadrille et du cancan. Elle pose nue et devient la muse de Toulouse-Lautrec. La Goulue est célèbre dans le tout Paris. Mais à 29 ans, au sommet de sa gloire, elle quitte le Moulin Rouge pour les fêtes foraines. Des spectacles de danse orientale à dompteuse de lions, cette femme, artiste accomplie, avait besoin de plus, plus de gloire, plus de provocation.

Mais la gloire n’est qu’éphémère, et Louise Weber vieillit très vite, devient obèse et méconnaissable. Elle perd son fils, tombe dans la déchéance, l’alcoolisme, l’anonymat. Celle qui autrefois dansait devant le Prince de Galles (le futur Edouard VII) vit dorénavant dans une roulotte à Saint Ouen et nourrit les pauvres. Elle meurt en 1929, après avoir assisté une dernière fois, côté spectateur cette fois, au cancan dans son cher Moulin Rouge, ce temple de la danse et de l’exubérance.

Une biographie incroyablement documentée grâce à ces photos et textes tirés d’archives. Un grand bravo à Maryline Martin qui nous emporte par sa plume envoûtante dans le Paris de la fin XIXème, à Montmartre, au milieu des danseurs de quadrilles et des cris d’allégresse. Louise Weber, fille du peuple, fille des trottoirs et danseuse hors-pair devient un personnage tendre et attachant. Une vie tumultueuse qui se dévore comme un roman ! Superbe !

Goum et Lapuss – Comme des bêtes

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Comme des bêtes 2 est sorti le 31 juillet au cinéma, et pour l’occasion, je voudrais vous présenter la BD Comme des bêtes qui est parue le 28 juin chez Dupuis.

Pendant que nous ne sommes pas à la maison, que font nos adorables animaux de compagnie ? Vous pensiez qu’ils vous attendaient sagement en dormant ? Que nenni ! Ils ont une vie en dehors des papouilles de leur maître. Une vie bien remplie, de bêtises, de situations hilarantes, de mignonneries, de promenades avec les copains et de plans machiavéliques pour certains.

Dans les rues de New York, on retrouve les héros du film, Max l’intrépide Jack Russell et Duke son acolyte le gros chien corniaud. Mais aussi Gidget la jolie petite chienne Esquimau américain, Chloe la chatte obèse d’appartement, Norman le hamster. Sans oublier Snowball le mignon mais terrible lapin nain blanc des égouts et son armée d’animaux de compagnie eux aussi abandonnés. Et sur les trottoirs, la bande de pigeons, Jerry le rat, Ozone et Reginald les chats de gouttière prêts à tout pour faire un mauvais coup.

Chaque page raconte une petite histoire et met en scène nos amis à 4 ou 2 pattes. C’est donc un livre qui se lit très vite. Les dessins sont aussi colorés et rigolos que dans le film. Un excellent moment de lecture pour petits et grands enfants !

Claire Hajaj – La maison aux orangers

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En 1948, à Jaffa en Palestine, Salim n’est qu’un jeune garçon de presque 8 ans. Alors qu’il s’apprête fièrement à effectuer sa première cueillette d’oranges dans le verger familial, étape symbolique du passage à l’âge adulte, la guerre israélo-palestinienne éclate. Obligé de fuir avec sa famille, ils se réfugient à Nazareth dans le petit appartement de sa sœur Nadia. La maison aux orangers, cœur ancestral de leur terre, de leurs origines, est abandonnée et rachetée par l’état d’Israël…Un passé détruit et un avenir inconnu.

En Angleterre, en 1959, Judith est une jeune fille juive de 12 ans dont l’histoire familiale est difficile. Le jour de sa Bar Mitsvah, sa grand-mère Rebecca lui confie dans une lettre qu’elle a fui les russes et échappé aux camps allemands. Seule survivante de sa famille, Rebecca s’est installée en Angleterre laissant derrière elle ce passé douloureux. Mais Judith n’accepte pas cette identité trop lourde à porter. Elle ne veut pas endosser ces souffrances que traînent sa grand-mère et tout le peuple juif depuis des siècles. Elle rêve d’une adolescence « normale », de sortir avec ses amies et de faire de la natation. Elle se fait appeler Jude. Oppressée par les traditions, brimée au lycée parce qu’elle est juive, Jude ne trouve sa place ni au sein de sa famille, ni auprès de ses amies.

Dans les années 60, Jude et Salim, tous 2 étudiants à Londres, tombent éperdument amoureux. Un amour interdit, à la Roméo et Juliette. 2 religions ennemies. Une guerre pour un seul Etat. Cette guerre entre 2 religions pourtant si loin de Jude et Salim. Pour imposer leur amour, ils vont devoir se battre pour prouver à leur famille cette évidence qui les unit. Mais cette guerre, encore présente en Salim comme une plaie ouverte, ne ravivera-t-elle pas des rancoeurs qui le guideront vers des chemins dangereux ? Au risque de perdre Jude ? L’amour sera-t-il plus fort que le poids des traditions et de leur famille ?

Claire Hajaj nous emporte au Moyen-Orient, à l’ombre des orangers, dans ces contrées qui étaient encore paisibles avant que la guerre n’éclate. A Jaffa, où juifs et musulmans se côtoyaient et partageaient le même quotidien, le même terrain de jeux.

L’auteure décrit les 2 points de vue en alternant entre Jude et Salim et ainsi ne prend parti pour aucun des camps. Et c’est mieux ainsi, car ce livre, bien que traitant d’un sujet politique et d’une zone de conflit encore mouvementée aujourd’hui, s’attache surtout à évoquer les tensions du point de vue de l’intime. Des conséquences de cette guerre sur 2 peuples, avec ces vies détruites des 2 côtés, ces maisons abandonnées, ces amitiés sacrifiées, ces amours impossibles. Une fresque historique et amoureuse émouvante. Une écriture magnifique, forte et sensible. Ces vies sur plusieurs décennies avec en toile de fond ce conflit qui n’en finit pas. J’ai choisi bien évidemment de voter pour ce roman dans le cadre du Prix du Livre de Poche 2019 (sélection de juillet).