Ketty Rouf – On ne touche pas

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Mise à nue…

J’ai débuté la rentrée littéraire par une lecture atypique. Un premier roman complètement envoûtant qui aborde la place du sexe dans la société de manière totalement libérée. « On ne touche pas » de Ketty Rouf sort aujourd’hui en librairie et il ne vous laissera certainement pas de marbre !

Joséphine est prof de philo. Dans ce lycée de banlieue sordide où les élèves se fichent de ses cours, elle est prisonnière d’un système au bord de l’asphyxie. Alors elle vient chaque matin sans motivation. Retrouve la salle des profs, son casier, la machine à café, ses collègues, sa classe…mais sans entrain. A quoi bon, elle n’a aucune liberté dans sa profession, tout est bloqué, cadré, interdit.

Alors la nuit, Joséphine devient Rose Lee. Strip-teaseuse dans un club sur les Champs-Elysées. En se mettant nue, elle se met à nue. Elle reprend possession de son corps, de sa vie, de ses envies. Elle prend le contrôle sans qu’on lui impose la marche à suivre. Rose Lee est libre. Rose Lee n’a aucune retenue. A travers ses danses lascives et ses mouvements sexy, elle se sent enfin femme fatale, femme désirée. Elle aime avoir ce pouvoir sur les hommes, savoir qu’elle les domine, qu’elle en fait ce qu’elle veut. Vertige des sens. C’est sa revanche sur la vie et son passé où elle était invisible.

Jusqu’à cette soirée où Joséphine vient perturber Rose Lee, où le jour rattrape la nuit, où la honte souffle sur ce vent de liberté. Le rêve de ses nuits ne va-t-il pas se transformer en cauchemar ?

La plume sensuelle et crue de Ketty Rouf nous embarque dans 2 univers. Le jour et la nuit. La misère, la grisaille de cette vie oppressante. Et cette vie nocturne lumineuse promesse de liberté et de volupté. Ce quotidien au lycée où Joséphine est éteinte et invisible. Ces nuits où Rose Lee danse jusqu’au petit matin, libérée, nue, vivante.

A travers le personnage de Joséphine, l’auteure nous fait prendre conscience d’un système scolaire précaire, honteux, qui tire les élèves vers le bas pour maintenir une ignorance. Une prof passionnée qui n’a même plus l’envie de se battre face à ce mastodonte éducatif, alors qu’elle enseigne une matière si vivante, la philosophie, où la place de la liberté est sans cesse questionnée et étudiée.

Alors on sort la nuit avec Rose Lee, dans un monde mystérieux, caché. Derrière les rideaux de perles des alcoves sombres des clubs parisiens, les corps ondulent et prennent possession de tout. La nuit on s’égare, on se laisse envoûté, on devient une autre. Ou bien devient-on soi, sans limite ni inhibition ? Juste un corps qui ne pense plus. Un corps voluptueux, dont le pouvoir est finalement plus important que des paroles réfléchies.

Ce roman aussi intense que brutal, c’est surtout l’affranchissement d’une femme. L’envie de devenir maîtresse de son corps et de sa vie. La perception que l’on a de soi à travers les yeux des autres. Se sentir belle et désirée.

Mais puisque « vivre c’est faire comme si », ces 2 mondes sont finalement proches : tout n’est qu’illusion. Garder un masque le jour et devenir anonyme la nuit. Une liberté fictive, un leurre de plus dans une vie où chacun tient un rôle comme pour mieux se protéger.

Une sombre réflexion sur la liberté et les limites qu’elle nous fait dépasser pour l’atteindre. Un livre incroyable où la philosophie se mêle à ce jeu sensuel des mots et des corps. Magnifique !

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