Marc Cheb Sun – Et je veux le monde

IMG_20200716_073612_319

«J’suis là sur le perron de la mairie, face au théâtre, arme à la main. (…) Cinq semaines de folie, cinq semaines qui ont changé ma vie, toute ma vie. Cinq semaines Mowgli, cinq semaines. Le monde, quoi… »

Ce livre est une véritable claque, d’une intensité folle et jamais atteinte dans un roman. Telle une pièce de théâtre, la première scène s’ouvre sur un meurtre. Les chapitres se succèdent et font le décompte des jours qui précèderont ce drame. La tension est palpable au fil des pages. De plus en plus brutalement, au fur et à mesure que l’on se rapproche de cette date fatidique. Telle une épée de Damoclès, on sait qu’il va se passer un drame. Le compte à rebours est lancé…

Et je veux le monde, c’est un opéra urbain, avec son décor : cette esplanade au cœur d’un arrondissement parisien, où sont regroupés la mairie, le théâtre, le café bobo, le camp de roms, le quartier. Le pont de la voie ferrée, seul lien avec l’«extérieur», avec l’autre arrondissement. Une représentation en huis clos donc dans cette scène enclavée. Une oppression, impression d’étouffement dans cette bulle hermétique, loin du monde vivant.

Et puis il y a cette palette de personnages. En commençant par le principal, Samba, 18 ans, jeune des quartiers, autiste léger, génie de l’informatique. Dans sa tête, il y a Mowgli, qui rêve de conquérir le monde. Ce monde étrange et pourtant à portée de main. Avec son voisin Eros, ils partagent la même passion pour le groupe de rap PNL et ont des rêves et des projets.

Viennent ensuite les personnages secondaires, tels des acteurs qui vont créer de l’action dans cette pièce, dont le rôle est pourtant primordial : Le maire Nouvelle Droite (extrême droite). Les artistes bobos, « peoplegaucho mania ». La grande sœur de Samba, Directrice du centre de jeunes. Le gérant américain du bar hipster NY Spicy Shop. Les jeunes du quartier. Les roms.

Tous veulent conquérir ce territoire, cette zone qui est leur monde. Une guerre de territoire. Une guerre pour CE territoire, cette esplanade que tous revendiquent, lieu de mixité sociale, des bobos branchés aux populations défavorisées. Une guerre qui va faire resurgir des secrets, sombres, tels des fauves en cage prêts à bondir et tout massacrer une fois lâchés…

Marc Cheb Sun livre un premier roman aussi beau que violent. D’une écriture musicale, les titres s’enchaînent, les mots résonnent telles des paroles. C’est le roman qui lance le nouveau label de livres des éditions JC Lattès dirigé par Mahir Guven : La Grenade. Explosif. Véritable bombe dans le monde littéraire. Des textes modernes et en mouvement qui mettent en lumière de nouveaux auteurs et des plumes énergiques. Et je veux le monde est un ovni littéraire, qui ose aborder des sujets délicats, politiques, qui révèle les failles d’une société aveugle et hypocrite, au bord du malaise et de l’implosion. Le monde est-il réel ? Chacun ne joue-t-il pas un rôle ? Un récit percutant et dévastateur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s