Marguerite Duras – L’amant

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Lire L’amant de Marguerite Duras, c’est plonger dans l’intimité d’un mythe, capter le souffle et l’émotion de l’auteure derrière des mots d’une infinie simplicité.
L’amant, récit autobiographique publié en 1984 aux Editions de Minuit et encensé par le Prix Goncourt la même année, y retrace ses souvenirs d’adolescence, plus de trente ans après la sortie « D’un barrage contre le Pacifique » où naissaient déjà les prémisses de cette histoire scandaleuse.

Indochine, 1930, sur les rives du Mékong, dans la chaleur et la moiteur, la lenteur des eaux du fleuve, une scène se détache. Telle une photographie, où se mêlent les couleurs, les odeurs, le bruit et l’effervescence, figée dans l’esprit de Marguerite Duras, cette rencontre dans ce bac. Cette jeune française de 15 ans et demi, à l’allure non-conventionnelle : ce chapeau d’homme en feutre rose et au ruban noir, ces chaussures de soirée en cuir et or, cette robe de soie si élimée qu’elle en est devenue transparente, ce rouge sombre sur ses lèvres. Une allure d’enfant prostituée, une sensualité non-innocente.
Et puis un regard a suffi, cet homme dans cette limousine noire, un riche chinois qui porte le costume de tussor clair des banquiers de Saïgon. De 12 ans son aîné. Quelques mots échangés. Il la raccompagne à son pensionnat.

C’est le début d’une histoire interdite faite de rencontres dans cette garçonnière de Cholen, cette chambre où seuls jaillissent à travers les persiennes les lumières et le tumulte de la rue. Dans l’intimité sombre de cette pièce, elle va découvrir le désir, la passion, leurs deux corps entremêlés jusqu’à devenir femme, vieillir en un instant. L’ambivalence entre cette garçonnière, lieu de violence, de douleur et de déshonneur et cet amour fou, obsessionnel que lui porte alors cet homme. L’ambivalence de la différence culturelle entre cette jeune fille blanche et ce riche chinois, cette adolescente pauvre et cet homme puissant.

Marguerite Duras mêle à ce récit amoureux, les souvenirs dispersés de ses rapports conflictuels avec sa famille. Sa mère, veuve, ruinée, institutrice à Sadec. Qui sombre doucement dans la folie. Qui consent à « prostituer » sa fille pour de l’argent…Son frère ainé, violent, voleur, qui détruit ce semblant de cocon familial. Et son petit frère qu’elle aime plus que tout. Une « famille en pierre », où l’amour et la haine se côtoient si intensément que la jeune fille se terre dans un mutisme, se mue dans une tristesse éternelle, et pourtant « C’est un bien-être cette tristesse ». Elle est devenue cet être froid, distant, dénué de sentiments. Cette passion dévorante sera pour elle une échappatoire, une liberté nouvelle et une forme d’émancipation face à cette atmosphère familiale oppressante.

L’écriture durassienne est brute, épurée, poétique, le rythme y est lentement scandé. Mais en 137 pages, il n’y a aucune pause, un seul et même bloc de mots dans leur plus pure beauté et intensité. Jetés sur la feuille avec la précision d’une orfèvre. Un esthétisme exotique, un hymne à la liberté, à la découverte de la sensualité. Mais aussi pour Duras une relation qui lui permettra de comprendre la véritable passion qui bouillonne en elle, celle de devenir écrivaine. Un livre intense qui nous ensorcelle. Un classique. Un chef-d’œuvre. L’amour selon Duras.

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