Christian Page – Belleville au coeur

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Christian Page était sommelier dans un restaurant des quartiers chics parisiens. Tout bascule lorsqu’il rentre du travail un soir d’avril 2015 et découvre que sa femme est partie avec leur fils. C’est alors que commence une longue descente aux enfers qui se terminera par une saisie d’huissiers, il ne lui restera plus rien…Pour seule maison, son sac à dos.

Christian va alors connaître ce monde de la rue où les règles et les codes sont bien spécifiques. Un monde dans lequel on vieillit 2 fois plus vite, où certains tombent dans la folie, la maladie, l’alcoolisme, la drogue, où la violence est reine. Un monde constitué de prostituées, de migrants, de punks, de « clochards »….ces catégories qui ne se mélangent pas, comme pour mieux se protéger. Un microcosme dans lequel se fréquentent des hommes de toutes origines, de tous milieux sociaux. Chacun a son histoire. Ses raisons d’avoir atterri sur le trottoir. Personne ne se juge, le passé est le passé, le présent c’est la galère.

Son quartier c’est Belleville. Et plus précisément la place Sainte-Marthe, son QG, à proximité de la Mission protestante qui lui permet quelques heures par jour de pouvoir manger au chaud et d’avoir la bienveillance de bénévoles, ces « Samaritains », ces « Saints ». Ses camarades de rue sont Nassim, un ancien professeur de français tombé dans l’alcoolisme, et « Monsieur le Maire », un vieux Guinéen portugais.

Son quotidien est le même : survivre. Car dans la rue tout devient plus compliqué : trouver un endroit où dormir sans se faire dépouiller, agresser, un endroit abrité des intempéries et où il pourra installer ses cartons et son couchage à même le sol, quand il n’y a pas de picots ou de galets… La galère de la toilette : 2 heures de files d’attente pour espérer se doucher avec ses chaussettes à cause du risque de tétanos. Manger restera finalement l’un des points les moins périlleux car comme il le dit : « Dans la rue, à Paris, la nourriture n’est jamais un problème, on peut faire dix repas par jour, si on veut. […] Celui qui écrit qu’il a faim sur son petit carton est un menteur. Ou le type le moins démerdard de la planète. C’est triste à dire mais c’est la vérité. ». Et ce sac…cet énorme sac…sa maison…ce fardeau qui l’empêche de bouger et de se déplacer comme il le voudrait.

Dans ce livre écrit avec l’aide d’Eloi Audoin-Rouzeau, il y raconte son quotidien par des anecdotes. Comme le jour où il a été réveillé au petit matin par les jets d’eau des agents municipaux de la mairie de Paris, trempant toutes ses affaires personnelles. Un fait qui arrivera jusqu’aux oreilles de la Maire, grâce à Twitter. Car Christian est ultra connecté, il possède un téléphone portable qui lui permet de suivre l’actualité et de raconter sa vie de « Clodo le plus populaire de Belleville ».

Une anecdote m’a particulièrement bouleversée, celle d’un soir d’hiver, en plein « Plan grand froid » : Christian s’apprêtait à dormir dehors faute de place en accueil d’urgence. Mais un voisin, voyant sa détresse, lui a payé une chambre d’hôtel. Cette générosité lui a alors permis de survivre cette nuit-là.

L’histoire de Christian Page, c’est l’envers du décor à Paris. C’est la description de ce monde pourtant si visible mais que chacun tente d’ignorer. Cette misère qui se trouve sous nos yeux. Un journal de rue, véritable hymne à la solidarité. Des faits durs mais toujours racontés avec humour, comme pour éviter toute pitié, dédramatiser et alléger ses propos.

J’ai refermé ce livre émue, mais surtout honteuse de me plaindre de broutilles lorsqu’on sait ce que vivent ces hommes et ces femmes dans la rue. On relativise alors et on se sent tellement impuissant face à toutes ces vies qui tombent chaque jour de plus en plus dans la déchéance. Jusqu’à mourir pour certains à même le sol, dans le plus triste anonymat…

Ce livre c’est un véritable coup de poing, un témoignage fort et bouleversant qui met en lumière ces hommes invisibles et pourtant si nombreux.

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