Shirley Goldfarb – Carnets, Montparnasse 1971-1980

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S’il y a bien un livre qu’il faut avoir dans son paysage littéraire 2018, c’est bien celui-ci ! Un véritable petit bijou de par la profondeur des propos de Shirley Goldfarb et le contexte dans lequel il a été écrit : ce n’est pas qu’un Carnet, c’est la dernière oeuvre de cette artiste complexe aux multiples facettes.

Shirley Goldfarb, c’est cette américaine tombée amoureuse de Paris dans les années 50. Elle s’y installe avec son mari dans le quartier Montparnasse, dans un petit atelier d’artiste où elle peindra des oeuvres de taille hors normes dans la lignée des peintres abstraits.

Elle est ce personnage excentrique qui passait ses journées attablée en terrasse de la Coupole, du Café de Flore ou du Lipp. Lunettes noires, cheveux noirs, vêtements noirs, les yeux cernés d’un maquillage noir, accompagnée de sa fidèle chienne Sardi. Atypique. Unique. Sombre.

Les 9 dernières années de sa vie, elle nota quotidiennement dans son carnet ses observations, ses pensées, des croquis, tout et rien mais tellement de choses : des phrases toutes simples, jetées ainsi sur le papier, mais cinglantes, brutales. Un magnifique travail d’introspection mêlé à une analyse critique et piquante de la société artistique et culturelle parisienne des années 70. Des paroles crues, de l’humour noir, une attitude qui dénotait dans un monde de faux semblants, tellement léger.

Face à la maladie qui la rongeait, elle va scrupuleusement noter ses émotions, son désespoir, sa solitude. Car c’est bien cette solitude qui l’incitait à s’installer des heures durant aux terrasses parisiennes : Paris devenait un théâtre et elle s’en jouait avec humour.

Cette artiste qui se disait non artiste, cet écrivain qui se disait non écrivain, cette touche à tout, a souffert de ne pas trouver sa place en tant que peintre à Paris, souffert du manque de reconnaissance artistique. Elle côtoya pourtant de grands noms de l’époque tels que Michel Butor, Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, David Hockney, mais ne parvint jamais à trouver sa place ni devenir riche de son vivant.

Ces Carnets sont un formidable témoignage d’une époque, à tel point qu’ils ont été adaptés au Théâtre en 1999 par Caroline Loeb. Shirley Goldfarb est aujourd’hui reconnue en tant qu’artiste : ce qu’elle voulait le plus au monde, elle l’a atteint après sa mort.

Extraits :

« Je n’écris pas un livre, j’enregistre mes pensées vides. »

« Je suis non écrivain. Je suis non artiste. Je suis non rien…mais un rien merveilleux. »

« Le théâtre est autour de moi et en moi. Je n’ai plus besoin d’y aller. »

« Je fais rien, avec plus de style que n’importe qui d’autre. Chacun semble s’accorder sur ce talent particulier qui est le mien. »

« Je porte mes lunettes les plus noires, mon sweater le plus noir, mon pantalon le plus noir, mes chaussures les plus noires – et mon humeur la plus noire. »

« Ma survie dans un monde de sauvages…le monde divin de la peinture abstraite – ma propre peinture. Enfin, mes couleurs sur la toile, c’est plus qu’assez pour me faire continuer. »

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